Théâtres, cinémas et salles de spectacles

Le Bristol, cet obscur objet du désir

Non loin du Parvis de Saint-Gilles, au n° 71 de la chaussée de Waterloo, le cinéma Bristol ouvre ses portes au public en 1920. Qui pourrait croire qu’à cette même adresse, derrière l’actuelle façade du supermarché Match, une salle obscure d’une capacité de 1300 spectateurs avait été conçue à une certaine époque? Charles De Wys, très certainement. Architecte à l’origine de plusieurs immeubles à Saint-Gilles, il transforme l’espace du marché couvert, datant de 1888, en salle de cinéma dont la façade, côté chaussée de Waterloo, de style Beaux-Arts, n’est pas sans rappeler son projet avorté du Cinéma-Royal situé à l’angle de cette même chaussée et de la rue de l’Hôtel des Monnaies. Son esthétique d’entre-deux-guerres, comme en témoignent les plans du cinéma, sont d’une grande richesse ornementale.

[Plans accompagnant l’autorisation de bâtir, Archives de l’Urbanisme de Saint-Gilles, 1919.]

 

Au fil des ans, les transformations vont se succéder en vue de moderniser cette salle mais jamais elle ne perdra son identité première à l’instar de beaucoup d’autres cinémas de l’époque. Le Bristol restera le Bristol.

En 1936, le cinéma parlant fait son apparition dans cette salle avec un peu de retard et son aménagement intérieur est alors adapté. Par ailleurs l’utilisation de nouveaux matériaux en améliorent l’acoustique. A cette occasion, la salle est modernisée dans le dessein d’apporter une « agréable sensation d’espace ». Pour ce faire, un tiers du balcon est amputé et les galeries latérales et supérieures sont supprimées. Trois cents sièges se voient sacrifier à leur tour. La décoration intérieure, quant à elle, reste sobre. Qu’importe, la façade fait le reste. Il faut attirer l’attention du passant par l’apport d’éléments persuasifs et tout est mis en œuvre pour y parvenir : une largeur de façade de 14 mètres, trois doubles portes d’entrée surmontées d’un panneau publicitaire et des tubes fluorescents sur toute la largeur de l’entrée.

 

[Façade du Bristol, s.d.]

 

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le cinéma s’impose comme un art populaire majeur et attire les foules en quête de rêve et de divertissement. Des films y sont projetés deux à trois semaines après ceux du centre-ville. Même si les programmes ne sont pas toujours de grande qualité, il fait recette.

Après la guerre, le Bristol augmente sa capacité de 115 places et organise des matinées enfantines : deux films pour enfants pour le prix d’un avec des friskos glacés à l’entracte. Spectacle assuré sur l’écran comme dans la salle. A ces séances rocambolesques, les incontournables Hitchcock et films hollywoodiens ou exotiques se partagent l’affiche jusqu’à la fermeture du Bristol en 1972.

 

 

Aujourd’hui, il reste de cette fabrique de rêves la salle avec son balcon et ses colonnes et les baies sous le fronton triangulaire de la façade. A partir de ces éléments-là, il faut beaucoup d’imagination pour se remémorer le bâtiment d’époque consacré au septième art ou simplement faire son propre scénario d’après les vestiges de l’ancien cinéma.

Références :

Le 7ème Art a cent ans…mais que sont nos cinés saint-gillois devenus ? de Jacques Pierret, Editeur responsable ; Patrick Debouverie, Echevin. Syndicat d’initiative de Saint-Gilles : Rue Fernand Bernier, 40 -1060 Bruxelles, D/1997/7855/1

Inventaire du Patrimoine architectural, Région de Bruxelles-Capitale

 

© Administration communale de Saint-Gilles

2 thoughts on “Le Bristol, cet obscur objet du désir”

  1. J’ai été citoyen de Saint-Gilles pendant 25 ans et le Bristol faisait partie de ma jeunesse, j’ai quitté St.Gilles en 1972 pratiquement au moment où ce cinéma a fermé ses portes ! Dommage..

  2. J’y ai vu, entre autres « Le mécano de la Générale » avec Buster Keaton, dans les années 60. J’allais au Lycée de Saint-Gilles, rue du Lycée, parallèle à celle du Bristol, qui y organisait régulièrement des séances.

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