Seconde guerre mondiale

La Défense Aérienne Passive à Saint-Gilles, ou comment la commune a tâché de se prémunir au mieux des bombardements

Depuis la Première Guerre mondiale, la guerre se fait également par, et dans les cieux. Cependant, en 1914-1918, les populations n’étaient pas tellement touchées par cette nouvelle inventivité martiale. Ou du moins, il n’en était absolument rien comparé à la guerre suivante.

Les évolutions militaires stratégiques et techniques continuèrent d’aller bon train après le Traité de Versailles, et c’est à partir des années 1930 que la population fut réellement informée et conscientisée du danger de l’aviation militaire. En effet, le cinéma et la presse firent se rendre compte de ce que l’on appelait alors « le péril aérien ». C’est en plein dans cette conscientisation collective que l’on apprit avec effroi les terribles bombardements de Barcelone et de Guernica, ainsi que la « guerre des gaz », pratiquée par les Italiens dans leur guerre contre les Éthiopiens, en 1935-1936.

Avant même ces événements marquants, la Belgique avait déjà créé en février 1934 la LPA, la Ligue de Protection Aérienne Passive, demeurant relativement peu développée et souffrant alors d’un grave manque de personnel, les volontaires n’étant pas légion. Mais en juin 1939, au vu des évolutions géopolitiques mondiales, les autorités sentent la guerre se rapprocher. Il est alors décidé de transformer la Ligue en Commissariat Territorial à la Protection Aérienne. Des sirènes d’alerte furent installées dans tout le royaume, des plans d’occultation des lumières furent imaginés, mais même si tout cela s’organisait correctement, la Belgique manque toujours cruellement à l’époque d’abris collectifs, et la préservation du patrimoine historique et économique demeure fortement sous-développée. De plus, le Commissariat à la Protection Aérienne est toujours en sous-effectifs, et manque notamment de cadres.

Communication du Gouverneur du Brabant, s’adressant aux différents bourgmestres de l’arrondissement de Bruxelles.

La guerre est déclarée !

Comme nous l’explique le site Belgium WWII, « Le 10 mai 1940, ces esquisses d’organisation vont pâtir de leur amateurisme ». En effet, la Belgique, tout comme le reste du monde, n’était pas prête à encaisser la Blitzkrieg allemande. La puissance aérienne germanique écrase littéralement toute l’organisation, où l’on se rendit compte sur l’instant à quel point cette dernière se trouvait fébrile. Le fleuron de l’aviation de chasse belge est détruit sur le sol même des aérodromes du pays, et ce, en quelques heures à peine. Les bombes de la Luftwaffe s’abattent telles de la pluie sur des roseaux. Dans la plupart des cas, les bases aériennes sont détruites sans qu’un seul avion ne puisse décoller. Les quelques-uns y arrivant se retrouvent pourchassés sur-le-champ par la chasse allemande. C’est un désastre complet.

Dans les jours qui suivent, la Guerre Éclair allemande frappe de plein fouet l’ensemble du territoire. Les nœuds logistiques sont durement touchés, les carrefours importants, les places fortes. Les immeubles alentours, églises, voies ferrées et commerces sont détruits par des bombes incendiaires, dans un vacarme assourdissant les témoins, impuissants devant un tel déchaînement.

Une fois la reddition passée

Une fois la reddition effective, signée le 28 mai 1940, après 18 jours de résistance, il ne faut pas traîner. Après l’aviation allemande, c’est au tour de la britannique de fendre le ciel belge, bombardant le territoire, essayant alors d’y déloger l’envahisseur. Les autorités belges, sous contrôle allemand, doivent réagir. La Défense Aérienne Passive (DAP) a encore de longues années de guerre devant elle, où elle saura briller.

La défense active des civils revient à l’armée et à l’autorité militaire. Que ce soit les Allemands, ou par la suite les Alliés, Bruxelles sera défendue par une DCA (Défense Contre Avions) effective, tirant notamment des balles et obus depuis le sol, grâce à un réseau de canons et de mitrailleuses diverses de gros calibre, et aura également des avions prêts à décoller pour repousser ceux ennemis. En revanche, pour le reste, ce que nous appellerons la défense « passive »… Cela revient aux communes !

Mais donc concrètement, en quoi consiste la DAP, la Défense Aérienne Passive ?

Il s’agit de la protection des civils et de la vie en général, sortant du cadre strictement militaire. Cela consiste donc en les mesures de protection contre les bombardements aériens. Nous parlons alors d’un renforcement de l’action des pompiers, de la construction d’abris souterrains et du recensement des abris improvisés possibles (caves, métro, …), de l’établissement d’un système de prévention au moyen d’affiches et d’annonces radiodiffusées, la distribution de masques à gaz, l’occultation des fenêtres, l’extinction des feux la nuit, mais également de la mise en place d’un réseau de surveillance, et de sirènes à travers tout le pays. Cette notion de DAP a par la suite évolué pour devenir le principe de protection civile.

En juillet 1940, les autorités allemandes en Belgique décident de remettre en service le système des sirènes. L’installation de tels systèmes était alors à la charge des communes, à moins que l’État ne les prenne à sa charge propre.

C’est ainsi que partout à Bruxelles, et ailleurs dans le royaume, les comités communaux et urbains de la DAF se mirent à alerter la population, administrer les premiers soins ainsi que déblayer les décombres post-bombardements. En fin 1944, le service organisa même des opérations de sauvetage à Liège et Anvers, après les bombardements de V1 et de V2 allemands.

Et Saint-Gilles, dans tout ça ?

Saint-Gilles ne fait pas exception. Une fois l’occupant installé, l’organisation méthodique des secours se met en place dans la commune, portée par l’action conjointe de la Défense Aérienne Passive et de la Garde Civile Territoriale de protection passive, alors placée sous la direction de Victor Rémy. L’occupant procède rapidement à la centralisation des dispositifs existants au sein du DAPCB (Défense Aérienne Passive Commissariat Bruxellois), dont la supervision est confiée à Victor de Tollenaere. En raison de la création du Grand-Bruxelles, la coordination de l’ensemble des activités liées à la Défense Aérienne Passive relève désormais de la Ville de Bruxelles, s’appuyant en particulier sur les échevinats des Travaux Publics ainsi que de l’Assistance Sociale et des Inhumations, domaines dans lesquels l’action de l’échevin Arthur Bacq, président du comité de coordination, se révèle déterminante. La commune de Saint-Gilles est intégrée dans une zone de défense comprenant également Forest et Uccle. Le personnel de la DAP, composé de membres issus de la Garde Civile Territoriale, de chômeurs ou recrutés parmi le personnel communal, est installé en septembre 1940 au numéro 119 de la rue de l’Hôtel des Monnaies. Albert Cranshoff est désigné, par décision du Collège des bourgmestre et échevins, en tant que responsable du secteur de Saint-Gilles. Les agents saint-gillois affectés à la DAP sont identifiables grâce au sigle « S-G » apposé sur les brassards qui leur sont remis lors de leur prise de fonction.

Ce ne sera qu’à partir de 1945, après une nouvelle évolution et changement de nom de la DAP (et qui changera encore par la suite), qui deviendra le « Corps national de Secours » (CNS), dont le quartier général était alors établi dans le Parc du Cinquantenaire, que l’on commencera à recruter du personnel professionnel. On utilisera également alors du matériel provenant des Alliés (notamment des camions américains, des pompes anglaises et du petit matériel français et belge).

Exemple de mesures prises afin de protéger les entreprises et autres établissements. L’on peut notamment citer l’occultation des toitures blanches, trop visibles depuis le ciel, éviter les « lueurs flamboyantes », ou encore l’installation de constructions de bois (le fer devant être évité autant que possible) remplies de terre, de sable, de mortier ou encore de béton.

Les bourgmestres bruxellois décidant de maintenir l’usage des sirènes, en mars 1945, malgré la demande des Alliés de les éteindre. En effet, les prouesses techniques et militaires faisant en sorte que les avions sont très souvent abattus avant d’atteindre leurs cibles, font que les sirènes sonnent de plus en plus « pour rien », ralentissant la vie économique, sociale et culturelle. D’après ce document, la population bruxelloise est alors toujours demandeuse de ces sirènes, ce qui pousse les bourgmestres à les maintenir tout de même en place.

Certains établissements, telles des salles de spectacle, ne faisaient pas toujours évacuer leurs visiteurs ou spectateurs, à cause des inconvénients (notamment financiers). Les alertes mettant en arrêt la ville au complet, il était parfois difficile pour des propriétaires d’établissements de faire sortir leurs spectateurs et clients. Cela leur provoquait des pertes de bénéfices, poussant d’autres établissements à faire de même afin d’éviter de s’abaisser face à la concurrence. Les autorités devaient donc parfois effectuer des rappels à l’ordre, comme il est question dans le document ci-dessus. Un autre document, trouvable dans les archives de la commune de Saint-Gilles, répond à cette lettre en expliquant qu’il a été enjoint aux différents commissaires de police et chefs de districts du Grand-Bruxelles de bien s’assurer du respect des consignes de sécurité sur leurs territoires.

Nous clôturerons cet article sur un ordre de service, concernant l’administration communale de Saint-Gilles, en cas d’alerte aérienne :

Les consignes sont données aux membres du personnel de l’administration communale. Ces derniers doivent fermer les portes au public, mettre l’argent des guichets en sûreté, accepter de s’occuper des citoyens après les heures de fermeture si ces derniers ont été contraints de s’abriter alors qu’ils attendaient d’être servis. Au service du Ravitaillement, le personnel doit demeurer en place et continuer à servir le public se trouvant à l’intérieur du local (dont les portes extérieures auront été fermées si l’alerte retentit).

Sources

Tous les documents d’archives proviennent du Service des Archives de la commune de Saint-Gilles, Inventaire 17 : Défense Aérienne Passive (DAP).

Bibliographie

Colignon Alain. Guerre aérienne en Belgique (La). Belgium WWII. CegeSoma/Archives de l’État. [En ligne]. . (Consulté le 3 mars 2025).

Direction générale Sécurité civile. Historique. [En ligne]. . (Consulté le 6 mars 2025)

Wieviorka Olivier, Histoire totale de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Perrin/Ministère des Armées, 2023.

Sport

La guilde de Saint Sébastien à Schaerbeek

Depuis plusieurs siècles, il existe à Schaerbeek une guilde placée sous le patronage de Saint Sébastien. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Au Moyen-Âge, les guildes d’archers et d’arbalétriers se sont battues auprès des souverains en temps de guerre et ont assuré la sécurité des villes en temps de paix. Ces confréries sont composées de membres laïques. La religion y prend également une part importante. En effet, elles possèdent chacune une chapelle dédiée à leur saint-patron et elles participent à différentes processions. L’appartenance à ces guildes apporte privilèges et honneurs à ses sociétaires. Cependant, leurs droits et libertés vont être diminués au cours du XVIIIe siècle. Interdites pendant la Révolution française, les guildes seront restaurées sous l’époque napoléonienne.

À l’arrivée de la Renaissance, ayant perdu leur fonction de défense nationale et locale, les guildes ne pratiquent plus le tir à l’arc et à l’arbalète que comme passe-temps et organisent des compétitions d’agréments.  Le « tir à l’oiseau » ou « jeu du papegay » est alors pratiqué par les archers et les arbalétriers, auxquels viendront s’ajouter plus tard les arquebusiers. Il s’agit de viser un faux oiseau placé en hauteur, au-dessus d’un mât voire sur le clocher d’une église. Le vainqueur du tournoi recevait le titre de « Roi ». Philippe Le Beau, en 1490, et l’archiduchesse Isabelle, en 1615, ont été proclamés vainqueurs de ces tournois.

Saint Sébastien est le patron des sociétés, guildes et autres serments d’archers. La raison est à chercher dans son exécution sous l’Empire romain en 288. Ce militaire est accusé de soutenir la religion chrétienne et est condamné par Dioclétien à avoir le corps transpercé de flèches tirées par des archers Maures. Il survit à ce supplice et est à nouveau condamné à mort par coups de bâtons.

C’est en 1598 qu’aurait été instaurée la guilde à Schaerbeek. Elle dépend alors du Grand-Serment Royal de Saint Sébastien de Bruxelles fondé en 1381.

Drapeau de la guilde de Saint Sébastien, Archives communales de Schaerbeek

 

Affiche pour le 350e anniversaire de la guilde, 1948, Archives communales de Schaerbeek

 

La guilde schaerbeekoise organise régulièrement le « jeu du papegay ». L’oiseau est alors fixé sur la tour de l’ancienne église Saint-Servais. Le vainqueur peut arborer fièrement ses insignes de Roi, composés d’un très grand collier de velours et d’argent, d’un bâton d’honneur et d’un oiseau en argent que l’on accroche au chapeau. Au XIXe siècle, un mât de tir est installé au milieu des champs aux environs du futur boulevard Lambermont. Le premier instituteur de Schaerbeek, Charles-Louis Bisschop, a notamment remporté le titre en 1827.

Cortège de la guilde de Saint Sébastien, sd, photographie, Archives communales de Schaerbeek

 

Collier de la guilde de Saint Sébastien, photographie, Archives communales de Schaerbeek

 

n 1919, la guilde de Saint Sébastien obtient l’autorisation de faire élever un mât sur la nouvelle plaine des sports (côté ouest du Parc Josaphat). Au total, ce sont quatre perches, que l’on peut encore trouver aujourd’hui, pour l’usage des archers. Pour désaltérer les tireurs et les spectateurs, une buvette est également construite dans les années 1930. Elle est toujours aujourd’hui gérée par la guilde de Saint Sébastien et l’on peut venir assister aux différents concours et entrainements des membres de la guilde chaque été.

Perche de tir au parc Josaphat (act. parc de la Jeunesse), sd, photographie, Archives communales de Schaerbeek

 

Lucien DESMARÉ, « Tir à l’arc », sd, dessin sur papier, Collection artistique de Schaerbeek

 

Abri pour les archers, 1929, plan, Archives communales
Seconde guerre mondiale, Témoignages

Regard sur la Seconde guerre mondiale : le récit de Micheline Botte, fille de résistant

Le 24 avril 2025, le service des Archives communales a eu la chance de rencontrer Madame Micheline Botte. Née en 1935, cette dame est alors une jeune enfant lorsque la deuxième guerre mondiale éclate. Des activités de résistance de son père, employé à l’Administration communale de Saint-Gilles, à la vie de tous les jours marquées par les pressions de la Gestapo, Micheline Botte a retracé le temps d’un entretien les souvenirs de son enfance qui permettent de mettre en lumière les tragédies qui ont marqué la période, entremêlées des actions d’héros du quotidien.

Vivre sous l’œil scrutant de la Gestapo

Habitant d’abord à Forest, la famille de Micheline Botte est contrainte de déménager car la zone est la cible récurrente de bombardements. C’est dans un immeuble de l’avenue Jean Volders à Saint-Gilles qu’elle emménage. Très tôt, les parents de Micheline apprennent qu’avant leur arrivée, l’appartement appartenait à une famille juive, qui, dénoncée par des voisins, a trouvé la mort dans les chambres à gaz tandis que leur logis est pillé.

À partir de 1942, l’immeuble en question est sujet à des fouilles récurrentes et impromptues de la Gestapo. Moyen de maintenir une pression constante sur la population, les Allemands sont d’autant plus soupçonneux que l’appartement où vit Micheline dispose d’une chambre inoccupée faisant office de débarras. La Gestapo scrute le moindre détail, aussi banal soit-il qu’un lit refait à la va-vite et a l’œil pour remarquer des tentatives de dissimulation de signes de vie. Surtout que leurs craintes ne sont pas infondées : dans l’avenue Jean Volders se trouve un haut lieu de la résistance. Micheline Botte, sans qu’elle ne s’en doute, passe régulièrement devant le numéro 32 qui abrite le réseau de l’Orchestre Rouge, organisation d’espionnage luttant contre les nazis.

Résister, un acte du quotidien

Les actions de résistance s’opèrent là où on ne les attend pas forcément. Micheline Botte, se remémore la préfète du Lycée communal pour jeunes filles, Alice Boisacq, figure stricte et autoritaire qui interdisait à quiconque de monter aux troisième et quatrième étages. Ce n’est qu’après la Libération que Micheline découvre que Mme Boisacq cachait des aviateurs et parachutistes anglais au sein même de l’établissement.

L’oncle de Micheline Botte, Gilles Pironnet, gendarme à Ixelles, avait accès à des dépôts d’armes et en stockaient chez lui au service de la Résistance. Sans doute dénoncé, il finit par recevoir la visite de la Gestapo qui trouve les objets. Emprisonné aux camps de Vught et de Neuengamme, il tombe malade et meurt en déportation.

Au sein de l’administration communale, les résistants sont également actifs. Une machine bien huilée œuvre avec le concours d’agents employés au secrétariat gérant les documents d’identité. Parmi eux, Gaston Botte, le père de Micheline. Ce dernier, avec le concours d’autres collègues, produit de faux documents qui sont ensuite distribués à des familles juives. Les papiers sont transmis à des coursiers résistants dans le hall du premier étage de l’Hôtel de Ville. Parmi ces transporteurs, Saül Benensohn, 23 ans en 1943, étudiant à l’ULB.

30 novembre 1943 : une date à commémorer

Micheline Botte relate un épisode qui l’a profondément marquée : le soir du 30 novembre 1943, son père Gaston rentre du travail complètement bouleversé. Lui qui ne parlait pas à ses enfants de ses activités de résistance de peur qu’ils ne trahissent inconsciemment le secret, raconte alors les événements du jour : à la suite d’une dénonciation, Saül Benensohn est arrêté par les Allemands à la Porte de Namur alors qu’il s’apprêtait à livrer des faux papiers. Manu militari, il est emmené à l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles, où dans le hall du premier étage, on fait sortir les employés chargés de la production des documents d’identité, dont Gaston Botte. On demande alors à Saül Benensohn de dénoncer ses complices. Ce dernier, sachant qu’il sera torturé jusqu’à ce qu’il livre des noms, choisi de se défenestrer pour ne pas parler. Une plaque commémorant ce triste événement a été placée à l’endroit des faits en décembre 1993, soit cinquante ans après la mort de l’étudiant.

Micheline Botte, bien qu’elle n’ait jamais rencontré Saül Benensohn, éprouve encore aujourd’hui une vive gratitude à son égard. Son sacrifice a permis à Gaston Botte et ses complices d’éviter la déportation, dont ils ne seraient peut-être jamais revenus. Les événements vécus pendant son enfance influencèrent fortement l’adulte qu’elle devint. Enseignante en histoire toute sa carrière, elle insiste sur son rôle fondamental dans une démocratie.

Seconde guerre mondiale

« Battus parfois, abattus jamais » : le Mouvement National belge et sa section saint-gilloise

De quoi parle-t-on, concrètement ?

Le Mouvement National Belge, aussi abrégé en M.N.B est un mouvement de Résistance belge qui opéra durant la Seconde Guerre mondiale. Majoritairement francophone (mais pas uniquement), et largement répandu dans tout le royaume, le mouvement œuvra secrètement à l’opposition (qu’elle soit passive ou armée) contre l’envahisseur allemand durant le conflit.

Dans cet article, nous nous attarderons moins sur l’histoire générale du mouvement que sur ses implications saint-gilloises. En effet, comme nous le verrons, le mouvement était particulièrement développé et actif dans cette commune bruxelloise, bien qu’il fût plus largement effectif sur le sol belge.

[Logo du MNB. Fonds du Mouvement National Belge, Archives communales de Saint-Gilles.]

La guerre s’annonce inéluctable, Saint-Gilles se prépare

Nous sommes en 1939. La paix européenne est sur le point de vaciller, ainsi que de marquer ce que l’on appellera par la suite, « les heures les plus sombres de notre histoire ». Autant les populations espèrent un règlement pacifique et diplomatique des tensions, autant les états-majors des différentes nations européennes ont déjà compris. La guerre est inéluctable. Elle sera dévastatrice, comme jamais elle n’aura pu l’être précédemment, durant toute l’histoire de l’humanité.

La tension géopolitique mondiale pousse l’État belge à réagir. Si la guerre est inévitable, elle est également attendue de pied ferme. Bien que la Blitzkrieg allemande dépassa largement les stratégies et tactiques répandues à l’époque, les préparations à accueillir le conflit étaient bien réelles. Le conseil communal du 27 avril 1939 entend Arthur Diderich, alors bourgmestre de Saint-Gilles, prononcer la création d’un comité local de ravitaillement et de secours civils. L’on autorise alors des cultures maraîchères dans les parcelles de l’impasse de la rue Steens, l’on recense les bâtiments aptes à accueillir la population pouvant abriter autant que faire se peut celle-ci. Le 5 octobre 1939, l’ordre de mobilisation est lancé. 2.400 Saint-Gillois sont appelés sous les drapeaux. Auprès des habitants sont récoltées des couvertures, en faveur des militaires, dans la perspective du conflit frappant aux portes.

[Fagnon de la branche du Hainaut du MNB. Zone 3. Fonds du Mouvement National Belge, Archives communales de Saint-Gilles.]

[Remerciement de la part de la section de la côte, néerlandophone, envers la commune de Saint-Gilles. Fonds du Mouvement National Belge, Archives communales de Saint-Gilles.]

La Résistance entre en jeu

Après 18 jours d’âpres combats, la capitulation sans condition de la Belgique est signée. La Résistance, débutée dès le premier jour de hostilités, à savoir le 10 mai 1940, prend soudainement une autre dimension. Il s’agit désormais d’œuvrer sous le contrôle total de l’ennemi. Le pays entier est occupé.

Aimé Dandoy fonde le Mouvement National Belge, le 17 décembre 1940. Plus précisément, quatre personnes se trouvaient à l’initiative : Aimé Dandoy, « Figaro » de son nom de guerre, son frère, Georges Dandoy, alias « Brutus » puis « Freddi », Jules Vilain, et sa sœur, Azéma. Le groupe se développa et prit de l’importance, mais fit un véritable bon en avant à l’arrivée de Camille Joset à la tête du mouvement en 1941. Ce dernier, accompagné de son fils Camille-Jean Joset, était alors jusque-là à la tête des Brigades Toast, un autre mouvement de résistance, créé sous l’impulsion des services de renseignements britanniques.

Cet homme, déjà actif dans la Résistance lors du premier conflit mondial, était un haut fonctionnaire et homme de presse. Il diffusa le mouvement au sein de la petite et moyenne bourgeoisie très belgiciste, attachée au régime politique social mis en place dans le pays, ainsi que profondément antiallemande. Le mouvement s’alliera par la suite à d’autres mouvements, classés plus à droite ou à gauche de l’échiquier politique, dans l’objectif ultime et commun de chasser l’occupant du pays.

Le Mouvement National Belge en action, une implication importante à Saint-Gilles

Parmi ses différentes missions, citons-en quelques-unes. Le mouvement imprima son propre journal clandestin, La Voix des Belges. Diffusé dans tout le pays, ce papier journalistique sera notamment concentré sur la commune de Saint-Gilles, où le tirage sera effectué à 2.500 exemplaires (sur 12.000 dans sa globalité). Le mouvement aida également les pilotes alliés abattus à rejoindre l’Angleterre, ainsi que des évadés de captivité allemande. Il confectionna des faux papiers pour les résistants, les familles juives et autres réfractaires, il était également actif dans le renseignement, et effectuait des sabotages.

Concernant Saint-Gilles, de nombreux résistants du MNB occupaient des postes à l’Administration communale et à la Police. Ces derniers tentaient de protéger la population, par exemple en agissant sur les tickets de ravitaillement imposés par l’occupant, ces derniers étant destinés en priorité aux femmes enceintes par exemple, pour être accordés en dernière priorité aux gens jugés « inutiles » par l’Occupant, comme les infirmes, ou encore les Juifs. L’Administration communale tenta alors de contourner ces règles. Les agents communaux transmettaient des renseignements au mouvement, à destination finale des services des Alliés. Il en est de même pour la prison de Saint-Gilles, où un agent infiltré transmettait lui aussi des renseignements à l’intérieur et à l’extérieur de la prison. Il en va de même pour les commerces, où certains accueillaient des boîtes à lettre destinées à la Résistance.

Il est intéressant de préciser également que des membres du MNB s’étaient glissés parmi les postiers. En effet, un énorme travail de censure fut opéré, concernant les lettres de dénonciations. Ces dernières, si elles passaient par certaines mains à la poste, n’arrivaient jamais à destination des autorités allemandes… Les noms des dénonciateurs, si les lettres étaient signées, en revanche, pouvaient se retrouver alors sur des listes du MNB…

[États de service d’un membre du MNB. Ce dernier fut arrêté pour port d’insignes patriotiques, ainsi qu’une bagarre avec deux agents de la Gestapo. Il fut traîné de camps en camps. Durant son service, il distribuait la presse clandestine, et procédait à de la propagande antiallemande. Fonds du Mouvement National Belge, Archives communales de Saint-Gilles.]

Un tour de maître fut celui du « train fantôme ». Les blindés et quelques 2.000 hommes de la division des Guards de la 2ème Armée Britannique (dans laquelle était incorporée la Brigade Piron) n’étant plus qu’à quelques heures de Bruxelles, les Allemands décidèrent d’établir un convoi spécial de déportation. 1.500 prisonniers politiques, dont des résistants, devaient partir en direction de Malines puis des Pays-Bas occupés, pour être ensuite déportés dans des camps en Allemagne. La BBC avait annoncé la libération prochaine de la capitale belge, et cela était arrivé aux oreilles des prisonniers et d’autres membres du MNB. Les déportés, entassés à raison de 85 à 105 par wagon, étaient sous la surveillance d’armes automatiques. Le plan allemand se serait sans doute déroulé sans encombre sans l’intervention de résistants. En effet, le chef de gare Petit, les sous-chefs de station, membres du MNB, Parmentier et Decoster, et de nombreux cheminots pour la plupart restés anonymes, dont le chauffeur Louis Verheggen et le machiniste Léon Pochet, mirent tout en œuvre pour retarder le convoi, accumulant les fausses manœuvres et les pannes. Parti à 15h30 au lieu de 10 heures, le train prit tellement de retard qu’il n’arriva à proximité de Malines qu’à 23h40. La nouvelle se répandit que les forces alliées avaient pénétré le pays et que la Libération avait commencé. Les autorités allemandes décidèrent alors de conduire le train à la gare de la Petite Île et de libérer les 1.500 prisonniers, en échange d’un engagement de la Croix-Rouge comme quoi cette dernière soignerait les blessés allemands laissés sur place à Bruxelles. On ne dispose aujourd’hui que de quelques noms des prisonniers de ce « train fantôme », dont Raymond Defonseca, commissaire-adjoint à la police de Saint-Gilles, et membre du MNB.

À toutes ces personnes s’ajoutent également des groupes plus offensifs, effectuant divers sabotages, durant toute la durée de la guerre.

[Attestation, signée par Raymond Defonseca, faisant mention d’une arrestation survenue en février 1944, ainsi que du « dernier convoi en partance pour l’Allemagne ». Fonds du Mouvement National Belge, Archives communales de Saint-Gilles.]

Un héroïsme qui n’en sort pas indemne

Efficace, actif, ayant infiltré avec succès des administrations. Le MNB imprimait son journal et le diffusait dans tout le pays, effectuait des sabotages, ramenait des aviateurs et autres évadés vers l’autre côté de la Manche. L’on pourrait presque imaginer que cela fut simple à mettre en place, que les services de renseignements allemands étaient impuissants… mais que nenni. Acteur incontournable, le prix à payer fut terrible, et la répression allemande brutale. Souvenez-vous d’Aimé Dandoy, l’un des fondateurs du Mouvement National Belge : dénoncé par un agent double, il est arrêté alors qu’il retirait de l’imprimerie des exemplaires de La Voix des Belges. Il sera jugé, condamné à quinze ans de travaux forcés et déporté en Allemagne. Il voyagera de camps en camps, pour au final disparaître. Nous avons perdu sa trace, et plus personne ne l’a jamais revu.

Camille Joset, l’architecte du mouvement à partir de 1941, est déporté à son tour. Déjà condamné à mort par un Conseil de guerre allemand durant la Première guerre mondiale, il survivra aux innommables conditions dont il fut frappé, mais revint en Belgique sans l’usage de ses jambes. Libéré par les Alliés le 13 avril 1945, après trois années de calvaire, il redevint le chef du Mouvement National Belge, pour s’éteindre le 30 décembre 1958, à l’âge de 79 ans.

Cet article est trop court parler de tous ces destins, pour beaucoup tragiques. Mais sachez que les membres de ce mouvement furent traqués, pourchassés. Nombre d’entre eux moururent dans des camps, exécutés, fusillés par l’occupant. La mort était chose quotidienne pour ces gens. Une commerçante hébergeant une boîte aux lettres fut arrêtée, des membres furent dénoncés, certains furent assassinés.

[État d’instruction d’un dossier de reconnaissance du statut de résistant, ici post-mortem. Ce membre du MNB a été agent de liaison, a procuré des fausses cartes d’identités et des timbres de ravitaillement pour les « illégaux », a caché des personnes recherchées par les autorités allemandes dans des établissements religieux, a caché et soigné des parachutistes américains, a transporté des armes et des explosifs, et a procuré des plans des emplacements de la DCA (Défense Contre Avion) à Liège. L’attestation de recrutement mentionnée dans ce document a été confirmée par Camille Joset en personne. Le résistant dont il est fait mention ici fut arrêté par les Allemands le 23 août 1943, et fut détenus dans plusieurs camps, où il décédera en novembre 1944. Fonds du Mouvement National Belge, Archives communales de Saint-Gilles.]

Beaucoup de membres purent se sortir de la guerre sans encombre, d’autres connurent un destin funeste. Le mouvement fut frappé par des arrestations massives et une répression sans précédent en février 1944, faisant tomber l’état-major du MNB. Atteint de plein fouet par l’autorité allemande, privé de ses chefs les plus expérimentés, du gros de son matériel ainsi que de ses principaux moyens de communication, le mouvement, bien que demeurant actif, ne fut plus en mesure de jouer le rôle central qui lui avait été assigné par les Alliés. Et cela alors même qu’un organisateur venait d’être parachuté avec de l’argent et des projets d’action pour les mois à venir, le Débarquement approchant.

Lorsque l’on parle de l’importance et de l’impact du Mouvement National Belge, certains disent qu’il fut investi de 30.000 membres et de 800 agents de renseignement, d’autres, plus prudents, parlent de 15.000 membres officiellement reconnus. Dans tous les cas, ils furent nombreux et le MNB fut l’un des mouvements de Résistance les plus aboutis de tout le pays. Ses archives furent conservées après la guerre à leur siège, à l’établissement du Lion de Waterloo, à l’angle de l’avenue Volders et de la rue Vanderschrick. Lorsque l’immeuble fut vendu (et prit le nouveau nom de « La Porteuse d’Eau »), le siège et les archives du MNB furent transférés à l’actuelle Maison Pelgrims, où l’association disposait d’un local. Avec le temps, il fut décidé sur proposition du bourgmestre de transférer ces archives à l’Hôtel de Ville de la commune de Saint-Gilles. Elles se trouvent aujourd’hui, en 2025, toujours conservées par le Service des Archives de la commune.

[Plaque commémorative se trouvant dans l’Hôtel de Ville de la commune de Saint-Gilles. Y est inscrit : « 1940-1944

Le 1er Janvier 1941, a été créé dans cet hôtel de ville la section de Saint-Gilles du Mouvement National Belge
(Organisme de Résistance aux nazis)

Membres reconnus : 1134
Membres arrêtés par l’ennemi : 150
Membres tués par l’ennemi : 39

Honneur à ces braves, qui ont tout sacrifié pour la défense de la LIBERTÉ.

Battus parfois. Abattus jamais. »]

Sources et bibliographie

Tous les documents d’archives proviennent du Service des Archives de la commune de Saint-Gilles, Inventaire 46 : Mouvement National Belge (MNB).

Inventaire des archives du Mouvement National Belge (M.N.B.), Saint-Gilles, Service des Archives de la commune de Saint-Gilles, 2019-2021. [EN ligne]. . (Consulté le 5 mars 2025).

Mouvement national belge (Le). Belgium WWII. CegeSoma/Archives de l’État. [En ligne]. . (Consulté le 3 mars 2025).

Mouvement national belge (MNB), inventaire d’archives du Centre d’études et de documentation guerre et sociétés contemporaines (CEGES), Bruxelles, 1996.

WIEVIORKA Olivier, Histoire totale de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Perrin/Ministère des Armées, 2023.

WYNANTS Paul, « Joset Camille (père) », dans Nouvelle Biographie Nationale, Bruxelles, Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, tome 11, 2012, pp. 209-211.

WYNANTS Paul, « Joset Camille (fils) », dans Nouvelle Biographie Nationale, Bruxelles, Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, tome 11, 2012, pp. 211-212.

Santé publique et salubrité, Vie scolaire

Les écoles de Saint-Gilles face aux maladies contagieuses au XXe siècle

Actuellement en Belgique, si la généralisation de la vaccination a permis le recul – voire dans certains cas l’éradication – de nombreuses maladies infectieuses, le vingtième siècle connaît régulièrement des périodes d’épidémies. Dès le dix-neuvième siècle, le mouvement hygiéniste développe des mesures afin de lutter contre l’insalubrité et d’endiguer le plus possible l’étendue des contagions. La santé publique est devenue un enjeu d’État. L’hygiène en milieu scolaire va notamment être un axe majeur de cette politique : l’école est un lieu propice au développement de maladies contagieuses du fait de la proximité entre les élèves, l’infection se propageant très rapidement lorsque ces derniers contaminent ensuite leurs foyers.

Comment la prise en charge des maladies contagieuses se présente-t-elle dans les écoles saint-gilloises durant la première moitié du vingtième siècle ? Les archives de l’inspection médicale scolaire nous en apprennent plus à ce sujet.

Les acteurs de la médicalisation scolaire

Au niveau communal, ce sont d’abord le personnel enseignant et le personnel des crèches qui sont chargés de diffuser les règles d’hygiène auprès des élèves et de s’assurer de la santé de ceux-ci. Ils ont pour instruction de signaler à leur direction tout cas de maladie infectieuse, qu’elle soit avérée ou suspectée.

Les professionnels de santé sont des intermédiaires majeurs de la lutte contre les épidémies. Il y a bien sûr les médecins traitants des familles, qui délivrent les certificats médicaux et sont régulièrement en contact avec les autorités communales concernant la situation des foyers malades. Toutefois, la première moitié du vingtième siècle voit le développement progressif d’un véritable corps médical affecté aux écoles : le service d’inspection hygiénique et médicale scolaire. Celui-ci assume diverses missions : le contrôle de la salubrité des locaux, la visite du personnel enseignant absent pour maladie, le contrôle médical des enseignants et des élèves ainsi que la transmission de conseils aux parents concernant la santé de leurs enfants.

Au sein de ce service sont affectés des médecins-inspecteurs, chacun étant référent pour un établissement. Leur mission principale est l’auscultation des enfants malades ou suspectés de l’être, aussi bien à l’école et à domicile, ou encore des élèves revenus à l’école à la suite d’une maladie. L’équipe médicale est également constituée de médecins spécialistes, de chirurgiens-dentistes et d’infirmières scolaires. Ces dernières assurent une présence sur place quotidienne, se déplaçant dans les différentes écoles communales et allant même jusqu’à visiter et soigner – avec l’accord des parents – les enfants malades à domicile.

Le service d’inspection hygiénique et médicale scolaire se réunit régulièrement à l’Hôtel de Ville où il débat de l’organisation et propose des évolutions avec le concours de l’échevin de l’Instruction publique.

[Extrait d’un livret d’instructions à destination du personnel médical scolaire, s.d. Fonds du Service de l’Hygiène, série relative à l’inspection médicale scolaire, 22/I/1. Archives communales de Saint-Gilles.]

Les mesures prises

L’attention portée par les autorités à la lutte contre les maladies infectieuses est prégnante au sein du milieu scolaire et se traduit par diverses mesures mises en place et pleinement intégrées au quotidien des établissements.

Concernant l’écartement de membres du personnel scolaire ou des enfants pour cause de maladie contagieuse, rien n’est laissé au hasard. Chaque type d’infection se voit associer une durée d’écartement imposé, pouvant aller de quelques jours à plusieurs semaines. Le délai passé, pas question pour autant de réintégrer l’élève sans garantie ! Ses parents doivent alors fournir un certificat médical attestant que la contagion n’est plus possible. Signe de l’importance que prend progressivement le rôle de l’inspection médicale scolaire, ses médecins ont notamment pour tâche de passer dans les classes afin d’examiner les enfants revenus de maladie, et dans certains cas peuvent ne pas tenir compte du certificat délivré par le médecin de famille.

[Instructions concernant la réadmission des enfants malades à l’école, 1935. Fonds du Service de l’Hygiène, série relative à l’inspection médicale scolaire, 22/I/1. Archives communales de Saint-Gilles.]

Lorsque le risque d’épidémie est imminent, ou que celle-ci est déjà bien installée, des mesures plus drastiques s’imposent : le renvoi de classes entières, voire la fermeture pure et simple de la crèche ou de l’école. Seul le bourgmestre est autorisé à acter la décision d’exclure des élèves malades ou fermer l’établissement contaminé.

L’essor des recherches sur la microbiologie rend une mesure d’hygiène incontournable : la désinfection. À Saint-Gilles, un service communal de désinfection est créé dès 1893. Au niveau scolaire, la gestion de la désinfection est principalement assurée en interne par les agents du service de désinfection, mais également par les concierges des écoles. Une lettre fait même mention que le concierge de l’école n°6 est si occupé par ses tâches de sanitarisation qu’il n’a plus le temps de s’affairer aux autres activités dont il a la charge ! Les agents communaux peuvent d’ailleurs être également mobilisés pour procéder à la désinfection jusque dans les habitations des personnes infectées.

[Fermeture temporaire de la crèche Jourdan pour cause de coqueluche, 1922. Fonds du Service de l’Hygiène, série relative à l’inspection médicale scolaire, 22/I/4. Archives communales de Saint-Gilles.]

Progressivement, des sociétés privées se développent et proposent pour certaines de réaliser les désinfections elles-mêmes, tandis que d’autres inventent et commercialisent des appareils de désinfection à destination des entreprises, des administrations ou des particuliers. L’un des désinfectants les plus utilisés à l’époque est le formol, composé qui depuis le XIXe siècle est connu pour ses qualités désinfectantes et était utilisé jusqu’à récemment dans de nombreux domaines (thanatopraxie, cosmétique, conservation alimentaire.). Il est depuis 2004 reconnu par le Centre international de Recherche sur le Cancer comme cancérigène et son usage est depuis lors interdit dans de plus en plus de secteurs.

[Publicité de la société Le Thermoformol et mode d’emploi de leur appareil de désinfection, 1900. Fonds du Service de l’Hygiène, série relative à l’inspection médicale scolaire, 22/I/2. Archives communales de Saint-Gilles. ]

Le Service de l’Inspection médicale scolaire et le service d’Hygiène ont joué, au niveau communal, un rôle actif dans l’amélioration du contrôle des épidémies en milieu scolaire. Avec un suivi à domicile des élèves malades par les infirmières scolaires et les agents de désinfection, des efforts de sensibilisation des parents ou encore un dialogue constant entre médecins scolaires, médecins des familles et autorités communales, il est clair que l’action du milieu médical scolaire ne s’arrêtait pas aux portes de l’école et a significativement aidé à la diffusion des règles d’hygiène au sein de la population.

Sources et bibliographie

Archives communales de Saint-Gilles, inventaire 21 - fonds du service d’hygiène, série relative au service communal de désinfection.

Archives communales de Saint-Gilles, inventaire 22 – fonds du service d’hygiène, série relative à l’inspection médicale scolaire.

Imbach, S. (2024, April 24). Interdiction du Formol, pourquoi ce produit est-il dangereux ? IBL Specifik Matériel Professionnel De Nettoyage Et De Désinfection. Consulté en octobre 2024. https://www.iblspecifik.com/interdiction-du-formol/

Seconde guerre mondiale, Vie scolaire

Frédéric De Jongh: un enseignant et résistant schaerbeekois

Frédéric De Jongh est né à Bruxelles le le 13 octobre 1887. Il obtient son diplôme d’instituteur primaire à l’Ecole normale de Huy en 1908 ainsi qu’un certificat d’aptitude à l’enseignement des travaux manuels dans les écoles primaires de garçons en 1909. Il est nommé instituteur à Schaerbeek cette même année 1909 à l’école primaire n°1. En 1912 il devient bibliothécaire à la bibliothèque de Helmet. Il suit également pendant trois ans les cours de ferronnerie à l’école industrielle et professionnelle de Saint-Gilles (alors rue de la Croix-de-Pierre 69). Fort de ce diplôme, il obtient une place de professeur au 4e degré (école primaire supérieure attachée à l’école industrielle de Schaerbeek) chargé d’enseigner le travail du bois et des métaux. En 1940, il est nommé directeur de l’école primaire n°4, rue Gaucheret (réservée aux garçons à cette époque).

[Frédéric De Jongh – copyright Ligne Comète Line Remembrance]

 

Dès 1941, Frédéric De Jongh aide sa fille Andrée (dite Dédée) qui a co-fondé le réseau de résistance Comète pour permettre à des soldats alliés, particulièrement des aviateurs, de rejoindre les zones libres. Frédéric De Jongh s’occupait notamment de gérer les différentes safe houses à Bruxelles qui permettaient aux fugitifs de se cacher. En cela, il est également aidé par les sœurs Andrée et Micheline Dumont. La première est arrêtée en août 1942, la deuxième échappera de justesse à une arrestation en 1944. Le réseau Comète est infiltré par des espions à la solde des Allemands et plusieurs membres sont arrêtés. Frédéric De Jongh est arrêté le 7 juin 1943 et fusillé à la forteresse du Mont-Valérien (Suresne, France) le 28 mars 1944.

[Andrée De Jongh]

 

En septembre 1944, à l’initiative du Comité scolaire de l’école n°4, un portrait de Frédéric De Jongh est installé dans le hall de l’école, puis, peu après, une plaque vient également lui rendre hommage. Dédée De Jongh qui a été capturée le 15 janvier 1943, est quant à elle libérée du camp de Mauthausen par la Croix-Rouge le 22 avril 1945. La femme de Frédéric De Jongh, Alice, ainsi que la sœur d’Andrée, Suzanne, ont aussi été arrêtée mais survivront toutes les deux à la guerre. À l’initiative de l’Administration communale de Schaerbeek, quatre pavés de mémoire (stolpersteine) sont posés devant la maison familiale des De Jongh, rue Emile Verhaeren n°73, le 30 novembre 2023.

[Paque commémorative, école n°8 (ancienne école n°4)]

[Pavés de mémoire]
Jumelages

Saint-Gilles et son jumelage en étoile

Les jumelages, acteurs de la construction européenne

À l’issue de la Seconde guerre mondiale, les ravages du conflit ont provoqué un profond traumatisme chez les peuples, qui n’aspirent alors qu’à la paix et à la cohésion entre les nations. L’Europe est à l’heure de la reconstruction et de la fraternisation. Le 18 avril 1951, la Belgique, la France, la République fédérale d’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et l ’Italie se rencontrent à Paris pour signer le traité marquant la création de la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA).

C’est cette même année qu’est créée le Conseil des Communes et des Régions d’Europe (CCRE). Alors que de nombreuses chartes à portée internationale fleurissent, les Communes comptent bien s’intégrer pleinement à ce mouvement et l’on comprend vite l’enjeu de la participation à la construction européenne des collectivités locales qui sont plus proches des citoyens. Le 27 octobre 1955, la Commune de Saint-Gilles ratifie le texte de la Charte européenne des libertés communales, notamment sous l’impulsion du bourgmestre Paul-Henri Spaak, européen convaincu et aujourd’hui considéré comme l’un des pères de l’Europe, ainsi que de l’échevin Jacques Franck qui, à son tour bourgmestre de 1957 à 1973, demeurera l’un des porteurs du projet des jumelages par son implication au sein des réunions de travail.

[Avis à la population concernant l’intégration de Saint-Gilles à un réseau de jumelage, 1956. Dossier 49, série « Jumelages », Archives communales de Saint-Gilles.]

L’année 1956 marque l’officialisation du jumelage « en étoile » de Saint-Gilles, c’est-à-dire d’un cercle de jumelages entre plusieurs villes européennes : Puteaux (France), Offenbach-sur-le-Main (Allemagne), et le district londonien de Bethnal Green (aujourd’hui Tower Hamlets). Le réseau s’étend ensuite aux communes de Mödling (Autriche), Velletri (Italie), Esch-sur-Alzette (Grand-Duché de Luxembourg), Tilburg (Pays-Bas) et Zemun (Serbie).

Créer des liens entre les citoyens

Les cérémonies de jumelage sont la démonstration publique de ces liens et vont permettre à la population de participer à part entière à ce projet. Ces cérémonies sont organisées respectivement dans chaque commune. À Saint-Gilles, les premières festivités se déroulent en mai 1958 et commencent par le cortège des délégations parcourant les rues saint-gilloises afin de rejoindre la place Van Meenen où est organisée la prestation de serment. S’en suivent une représentation théâtrale, des épreuves sportives ainsi qu’un grand bal populaire pour conclure les célébrations.

Les rencontres entre villes jumelées sont l’occasion de mettre à l’honneur les associations communales. Lors des cérémonies de mai 1958, ce ne sont pas moins de trente sociétés sportives, patriotiques, politiques et culturelles saint-gilloises qui participent à l’évènement. De nombreux citoyens se joignent également aux délégations lors des déplacements dans les villes-sœurs.

Le sport est un excellent fédérateur et permet chaque année l’organisation de nombreux tournois entre clubs sportifs des villes jumelées. Football, basketball, boxe, natation, arts martiaux, athlétisme, tennis de table… Les clubs saint-gillois représentent la commune dans une multitude de sports et les rencontres inter-communales rencontrent un vif succès.

[Affiche du tournoi de tennis de table à l’occasion de la coupe d’Europe des villes jumelées, 1971. Série « Jumelages », Archives communales de Saint-Gilles.]

Les liens des villes jumelées permettent également de se recueillir ensemble. Très tôt, les jumelages permettent la mise en relation d’associations commémoratives comme l’atteste la participation d’anciens combattants, de résistants et victimes de guerre de Saint-Gilles au Congrès des anciens combattants organisé en novembre 1963 à Puteaux. Si de telles occasions sont un moment de recueillement, elles sont également propices à l’échange d’idées et de réflexions grâce à l’organisation de colloques sur des thématiques précises.

[Serment de jumelage entre les sections de Belgique et de Loire-Atlantique de la Fédération française des Combattants Volontaires des guerres de 1914-1918 et 1939-1945, des Théâtres d’Opérations Extérieures et des Forces de la Résistance, 1969. Série « Jumelages », Archives communales de Saint-Gilles.]

De nombreux projets communs visant la jeunesse se développent rapidement : dès l’année 1958, la commune de Saint-Gilles se voit attribuer la présidence et le secrétariat de la commission des échanges interscolaires et culturels. L’accent va être mis sur le développement des liens entre les jeunes grâce aux activités scolaires : des échanges de cahiers, de dessins, de photographies et de correspondance sont réalisés entre plusieurs écoles communales. Ces projets vont d’ailleurs mener à une véritable réflexion sur l’apprentissage des langues étrangères pour faciliter la communication entre les élèves.

Des camps internationaux se tiennent chaque année dans l’une des communes : c’est l’occasion pour des jeunes de 13 à 18 ans de se côtoyer le temps d’un séjour. Le premier camp international se tient à Saint-Gilles, dans les bâtiments de la Roseraie. En plus de cela, les élèves sont impliqués dans des échanges en immersion ou encore dans les fêtes scolaires, où ils présentent par exemple des danses ou des démonstrations de gymnastique.

Ainsi, les jumelages créent une véritable effervescence d’un point de vue associatif, scolaire, sportif et culturel et permet la création de liens intercommunaux, que ce soit entre individus ou collectifs.

 [Représentation lors des cérémonies de jumelage à Esch-sur-Alzette (Grand-Duché de Luxembourg), 1962. Série « Jumelages », Archives communales de Saint-Gilles.]

La coopération entre élus

Si les événements publics sont la forme la plus visible des liens entre les villes jumelées, il ne faut pas minimiser le rôle de la collaboration entre les élus, qui sera très prolifique au cours des années 1960 et 1970. Au-delà des spécificités locales, le fonctionnement d’une commune a l’avantage de reposer sur les mêmes piliers à travers de nombreux pays, avec des compétences et fonctions analogues. La correspondance entre les bourgmestres de Saint-Gilles et leurs homologues montre des échanges qui vont au-delà des événements spécifiques aux jumelages, avec des retours d’expérience précieux sur des projets communaux, par exemple sur la construction d’une maison de retraite.

À cette correspondance régulière s’ajoutent des réunions de groupes de travail, constitués des délégations représentant chaque commune. Elles ont pour objectif de discuter des affaires concernant le jumelage en général mais aussi de projets plus spécifiques. On y décide par exemple le programme des évènements culturels et sportifs de l’année, les modalités des échanges interscolaires ou encore de l’organisation des camps internationaux à destination de la jeunesse. Les rencontres ayant lieu plusieurs fois par an, elles permettent des retours réguliers sur les activités en cours et de procéder rapidement à des ajustements s’ils s’avèrent nécessaires. Ce sont des moments de contacts privilégiés entre les mandataires locaux, qui permet de maintenir et accroître la vitalité de ce jumelage en étoile.

 [Photographie des membres du groupe de travail des 12, 13 et 14 novembre à Tower Hamlets (Grande-Bretagne), 1982. Série « Jumelages », Archives communales de Saint-Gilles.]

Évolutions

Si à l’heure actuelle, les jumelages sont devenus une partie intégrante de la vie des communes, les communes pionnières se lançaient dans une expérience qu’elles ont elles-mêmes contribué à façonner au fil des décennies. Ils étaient 1200 maires et délégués communaux à se rendre à Venise pour participer aux deuxièmes États Généraux des Communes d’Europe d’octobre 1954 ; on compte aujourd’hui environ vingt mille jumelages sur le continent européen. La coopération internationale continue de se développer en évoluant vers de nouvelles formes de solidarité se distinguant des piliers classiques des jumelages de la deuxième moitié du XXe siècle. À Saint-Gilles, un partenariat avec la commune marocaine de Berkane a vu le jour en 2007, portant notamment sur le développement de la politique sociale. En 2014, c’est la Ville de Likasi (République Démocratique du Congo) qui débute une collaboration avec la Commune, avec pour objectif l’amélioration de la gestion des services d’État Civil et Population.

Sources et bibliographie

Archives de la Commune de Saint-Gilles, inventaire des Affaires générales, série « Jumelages ».

Archives de la Commune de Saint-Gilles, registres des bulletins communaux des années 1955 et 1956.

Solidarité internationale – Saint Gilles. (2019, 26 juin), consulté en mars 2024. https://stgilles.brussels/services/cooperation-nord-sud/

CCRE (Conseil des Communes et Régions d’Europe (s. d.)., consulté en mars 2024. https://ccre.org/

© Archives communales de Saint-Gilles

Jumelages

Meudon : son histoire et son jumelage avec Woluwe-Saint-Lambert

Aux portes de Paris, dans le département des Hauts-de-Seine se trouve Meudon[1]. Elle est entourée par les villes de Clamart, Velizy, Chaville, Issy-les-Moulineaux et Sèvres.

Les premiers vestiges du village remontent au VIe siècle. Les abbés de Saint-Vincent[2] possèdent alors une partie du territoire. Au XIIe siècle le seigneur Erckembold donne son blason à la ville : gironné d’or et de gueule de douze pièces, brisé d’un lambel d’argent.

[Blason de la ville de Meudon |Wikipedia]

En 1415, Isbarre, un bourgeois de Paris, fait l’acquisition du fief et du Chastel. Ils sont rachetés pas Guillaume Sanguin. Son descendant, Antoine, devenu Cardinal de Meudon fait démolir la demeure pour y faire construire, en 1520, le premier château de Meudon. Sa nièce, la duchesse d’Estampes acquière le bâtiment en 1527. Elle l’embellit et le roi François Ier s’y rendra même à plusieurs reprises. La bâtisse est ensuite vendue au Cardinal de Lorraine, un Guise, qui y fera notamment construire des orangeries, encore observables de nos jours. Les Guises conserveront le Domaine de Meudon pendant près de 100 ans.

[Les orangeries de Meudon | Wikipedia]

 

En 1654, Abel Servien, qui partage avec Fouquet la surintendance des finances, achète le domaine et l’agrandit. Il y fait construire la grande Terrasse, telle qu’elle est de nos jours. En 1695, Louis XIV achète Meudon pour son fils aîné, le Grand Dauphin, qui y bâtit un second château à partir de 1706. Le premier château est la proie des flammes en 1795. Au début du XIXe siècle, Napoléon vient à Meudon et fait détruire les ruines du vieux château. Le marbre rose qui s’y trouvait est utilisé pour bâtir l’Arc du Carrousel à Paris. Sous Charles X, Meudon se transforme : les grandes propriétés sont abandonnées et les bourgeois venus de Paris s’y installent. Le Château-neuf, quant à lui, sera transformé en observatoire en 1877.

[Le château-neuf transformé en observatoire | Wikipedia]

 

Bordée au nord par la Seine, la commune s’étend sur 900 hectares dont plus de la moitié sont recouverts d’une superbe forêt. Cette forêt est essentiellement une création de l’homme et remonte aux XVIIe et XVIIIe siècles. L’aménagement de nombreux étangs date de cette période. Ancien terrain de chasses royales, il faudra attendre le XIXe siècle pour que l’on prenne conscience du caractère patrimonial de ce poumon forestier. Avec la vague romantique, la forêt domaniale de Meudon devient la forêt la plus proche de Paris et la plus visitée. Aujourd’hui, elle est définitivement consacrée lieu de loisirs et de flânerie et, à ce titre, protégée depuis 1965 par l’Office National des Forêts.

[Forêt de Meudon | Wikipedia]

 

Comme on peut le constater, Meudon possède un splendide patrimoine architectural et de nombreuses figures historiques y ont laissé leurs traces. Les infrastructures sportives sont nombreuses et la forêt est un véritable paradis pour les promeneurs, cavaliers et cyclistes. Comme à Woluwe-Saint-Lambert, un riche réseau d’associations recouvre tous les domaines de l’activité bénévole. La médiathèque, le musée d’Art et d’Histoire, le conservatoire Marcel Dupré, le centre d’art et de culture l’espace culturel Robert Doisneau, offrent un large choix de spectacles, d’animations et d’expositions.

Meudon se caractérise aussi et surtout par la présence du musée Rodin qui trône sur les hauteurs de la ville. Il comprend deux bâtiments : la villa des Brillants, qui fut la dernière demeure de Rodin, et le musée en contrebas. Du vivant du sculpteur, la propriété est un cadre propice au développement de son œuvre. En 1900, une cinquantaine de personnes, parmi lesquels de nombreux praticiens, ouvriers et mouleurs, travaillaient autour de lui. Si Rodin se rendait chaque jour dans ses ateliers parisiens, au dépôt de marbre notamment, c’est à Meudon qu’était élaborée la part la plus intime de son œuvre. La rénovation, menée à partir de photographies d’époque, a permis de reconstituer le cadre de vie et de travail de l’artiste. Dans le jardin, la célèbre statue du Penseur domine la tombe où reposent Rodin et son épouse. Le musée présente de nombreux plâtres, dont ceux des œuvres monumentales dans leurs états successifs. : de la Porte de l’Enfer au groupe des Bourgeois de Calais, en passant par de nombreuses études et figures pour le Balzac ou les monuments à Victor Hugo, à Puvis de Chavanne et à Whistler. Avant le bronze et le marbre, ces esquisses, études ou variantes révèlent le premier stade du processus créatif de Rodin.

[Musée Rodin | Wikipedia]

 

C’est le 21 avril 1958 que le conseil communal de Woluwe-Saint-Lambert approuve le jumelage avec la ville française de Meudon, présentant les mêmes caractéristiques géographiques et démographiques que notre commune. À la périphérie de Paris, Meudon comptait alors 27.000 habitants et rencontrait des problèmes similaires à ceux de Woluwe-Saint-Lambert : accroissement rapide et continu de la population, construction de quartiers neufs et de nouvelles écoles. Le 15 juin, Meudon organise une cérémonie de jumelage au cours de laquelle est signé le serment de jumelage.

[Serment de jumelage, 1958 | Site internet de la ville de Meudon]

 

À l’automne 1958, c’est Woluwe-Saint-Lambert qui organise des manifestations pour célébrer ce jumelage. Le 1er septembre, le Conseil communal avait décidé de dénommer square de Meudon la place située en face de l’ancien cimetière d’Etterbeek (devenu aujourd’hui le parc Georges Henri). Ce que l’on nommait alors « square des Vaillants » n’avait en fait jamais reçu de dénomination officielle, et le monument aux mort qui s’y trouvait avait été déplacé au square Joséphine-Charlotte.

[Le parc Georges Henri aujourd’hui | Wikipédia]

 

[Serment de jumelage, 1958 |Coll. Musée de Woluwe]

 

En juin 1965, une rue de Woluwe est inaugurée à Meudon. Le serment est renouvelé en 1978, 1998, 2008, 2018 et 2023. En octobre 1988, à l’occasion des rencontres entre anciens combattants des deux communes, une stèle a été inaugurée au square de Meudon, à la mémoire du maire René Leduc[3], ancien déporté, qui fut le premier signataire de la charte.

[René Leduc, in Wolu Info, avril 2018, p. 31]

 

En 2008, pour marquer le 50ème anniversaire,  une œuvre de Paul Gonze, Rêves de reliance, sur laquelle ont été gravés huit noms de lieux de Meudon, a été encastrée dans le pavement du square de Meudon. L’emplacement de l’œuvre n’a pas été choisi au hasard : lors du 50ème anniversaire du jumelage, 3 lignes de peinture on tramé l’espace de notre commune pour se croiser à l’entrée du square de Meudon : une rouge, située à 2°12’09’’ à l’Est du cœur de Meudon, matérialise la méridienne Nord-Sud ; une bleue, située à 2°02’08’’ au Nord du cœur du cœur de Meudon, correspond au parallèle Est-Ouest ; une jaune pointe dans la direction du cœur de Meudon. L’Etoile se trouve à l’intersection de ces 3 lignes.

La même Etoile, avec cette fois-ci des lieux phare de notre commune fut ensuite installée devant le centre culturel de Meudon.

[ Rêve de Reliance | © urban.brussels]

[La version meudonnaise de Rêve de reliance | Ville de Meudon]

 

Le renouvellement du serment s’est effectué le 8 décembre 2023. Il se caractérise par la mise en place de projets concrets :

  • Mise à disposition du studio d’enregistrement de Meudon pour les jeunes musiciens de Woluwe-Saint-Lambert.
  • Echanges entre les membres l’Académie de musique de Woluwe-Saint-Lambert et ceux du Conservatoire de Meudon.
  • Discussions entre les jeunes de deux entités au sujet des bonnes pratiques civiques.
  • Collaborations dans le cadre du festival « Meudon en rire » : représentations organisées à Woluwe-Saint-Lambert et prestations artistiques de woluwéens à Meudon.
  • Echanges réguliers entre les clubs sportifs des deux entités.

 

Notes

[1] Meudon signifie, d’après son origine celtique longtemps contestée « Mello dunum » qui veut dire colline de sable jaune

[2] Devenus, plus tard, Abbés de Saint-Germain-des-prés

[3] Il entre dans la Résistance sous le pseudonyme de HENRI. Arrêté en février 1943 par la gestapo, il est déporté en Allemagne et ne sera libéré qu’en 1945. En 1947, il se présente à la demande de Jacques Chaband-Delmas à la mairie de Meudon et est élu maire. Il le restera jusqu’en 1971. Durant son mandat, il a créé la ville nouvelle de Meudon La Forêt, doublant ainsi la population (46342 habitants en 2021 selon Insee). Il a été l’un des premiers maires de France à jumeler sa ville avec une ville allemande, Celle.

 

© Service Culture de Woluwe-Saint-Lambert – Tous droits réservés

Jumelages

Houffalize-Schaerbeek, une amitié de longue date

Après le débarquement de juin 1944, les Alliés avancent progressivement et libère les villes européennes occupées par les Allemands depuis mai 1940. Le 25 août 1944, Paris a été libérée et les troupes anglo-américaines se dirigent vers la Belgique. Le 2 septembre les alliés franchissent la frontière et libèrent Tournai. À Bruxelles, les Allemands sont fébriles et, le 3 septembre, ils boutent le feu au Palais de Justice afin de faire disparaître le plus de documents possibles. Ce même jour, les Britanniques pénètrent dans la capitale, accompagnés de la brigade belge du Colonel Piron. Des Allemands sont faits prisonniers par des résistants et policiers schaerbeekois à la Caserne Dailly, au boulevard Lambermont et au Tir national. Partout des scènes de liesse ont lieu, on embrasse les soldats libérateurs, on goute au coca-cola et on danse sur des airs de jazz. En quelques jours, les Allemands sont repoussés vers Liège et Verviers et les Anglais reprennent le port d’Anvers. Le pays est complètement libéré le 17 septembre.

Cependant Hitler n’a pas dit son dernier mot. Le 16 décembre une contre-offensive allemande surprise est lancée dans les Ardennes belges. Les combats y sont durs dans un hiver rigoureux, et plusieurs villes vont gravement souffrir de ces évènements. C’est notamment le cas d’Houffalize qui subit des bombardements stratégiques alliés car elle est occupée par les Allemands. Le plus dur est celui du 6 janvier 1945. La ville sera à 99% détruite, rayée de la carte pour ainsi dire, et il y aura environ 200 morts (pour une population de 500 habitants).

[Houffalize en hiver 45, photographies, National Archives and Records Administration (Etats-Unis)]

 

[Houffalize après les bombardements, photographies, Archives communales de Schaerbeek]

 

Émue par cette situation dramatique, la commune de Schaerbeek « adopte » Houffalize et lui envoie du ravitaillement, récolte des fonds en organisant des fêtes de charité et aide à la construction de baraquements provisoires. Des camions remplis de vivres et de matériel sont régulièrement envoyés. Des orphelins houffalois sont également accueillis à Schaerbeek. Des ouvriers flamands sont aussi à pied d’œuvre pour déblayer les décombres. Plusieurs villes des Ardennes seront ainsi secourues grâce à la générosité d’autres communes belges.

[Un baraquement provisoire, collection privée]

 

Le 28 septembre 1952, une grande cérémonie à lieu à Houffalize pour se souvenir des heures sombres, mais aussi de l’amitié qui lie cette ville à la commune schaerbeekoise. Une manière également de célébrer la résurrection de la bourgade martyre. De nombreuses personnalités sont présentes, dont le colonel Eugène De Greef, ministre de la Défense, Louis-Joseph Maréchal, bourgmestre d’Houffalize, Fernand Blum, bourgmestre de Schaerbeek, Arthur Dejase, prédécesseur de Blum qui a présidé à l’adoption d’Houffalize, et bien d’autres. Le ministre donna à la ville la Croix de Guerre accordée par le Roi. Une plaque offerte par la section schaerbeekoise du groupe de résistants le Mouvement national belge est ensuite dévoilée. Les commémorations se poursuivent avec un grand défilé dans les rues de la ville composé d’écoliers, d’associations patriotiques et de militaires. Enfin pour clôturer la journée, la statue de Pogge (personnage du folklore schaerbeekois), réalisée par Louis Van Cutsem et offerte à Houffalize un mois plus tôt, est abondamment fleurie.

[Cortège du 28 septembre 1952, photographie, Archives communales de Schaerbeek, © Le Soir]

 

[Inauguration du monument, 28 septembre 1952, photographie, Archives communales de Schaerbeek]

 

[Statue de Pogge (sculpteur Louis Van Cutsem), photographie, Archives communales de Schaerbeek]

 

Les liens d’amitié entre les deux communes a perduré dans le temps. Schaerbeek envoyait de l’argent pour la Saint-Nicolas des petits houffalois et la ville ardennaise envoie chaque année un sapin pour orner la place Colignon à Noël. Houffalize avait sa rue de Schaerbeek et Schaerbeek sa place de Houffalize. Longtemps on a donc cru que le jumelage avec Houffalize était bien acté, mais ce n’était pas le cas. Le 2 octobre 2023, les deux communes ont donc officialisé leur jumelage lors d’une cérémonie qui a eu lieu à Houffalize et par la signature d’une charte. Des élèves des écoles communales étaient présents et ont visité les environs pour découvrir l’histoire de la région pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans le prolongement de ce jumelage, une plaque commémorative a été inaugurée le 11 mars 2024 place de Houffalize à Schaerbeek.

[Journée de jumelage à Houffalize, 2 octobre 2023 – © Bruno D’Alimonte]

 

[Plaque commémorative, place de Houffalize à Schaerbeek]

 

© Archives communales de Schaerbeek – Tous droits réservés

 

Oeuvres de bienfaisance

Le Dr Jean-Baptiste Jourdan : Une richesse à partager

Le docteur Jean-Baptiste Jourdan (1803-1878) fut médecin et philanthrope. Il a effectué ses études de médecine à l’Université catholique de Louvain. Propriétaire terrien et promoteur compétent, c’est avec Jean-Philippe De Joncker qu’il devint l’un des fondateurs de la première rénovation du quartier Louise et de la place Stéphanie après le démantèlement de la seconde enceinte de Bruxelles. Une place et une rue ont été baptisées en son honneur à Saint-Gilles et à Etterbeek. Il entra en fonction en tant que conseiller communal de Saint-Gilles le 1er janvier 1858 et demeura en poste jusqu’à son décès. De plus, il assuma les responsabilités d’échevin communal de 1861 à 1871.

Le 3 août 1869, il est nommé président de la Commission des hospices civils de Saint-Gilles. Le docteur Jourdan mieux que personne n’avait pu se rendre compte, par l’exercice de sa profession, de la triste situation matérielle de la grande masse de la population de Saint-Gilles. Le sort des vieilles personnes, démunies de tout, l’impressionna particulièrement. La Commission des Hospices était en charge des personnes âgées de la commune, en particulier celles hébergées à la rue de Munich (actuellement rue d’Andenne), où, à l’époque, elle disposait de locaux fort insuffisants.

[PV de la séance du 10 septembre de 1869 des Hospices civils de Saint-Gilles, Archives du CPAS de Saint-Gilles]

 

Jourdan songea à un nouvel établissement et, par acte notarié en date du 10 septembre 1869, il fit don à la commune de Saint-Gilles d’une somme de 20.000 frs destinée à l’acquisition d’un terrain.

À son décès en 1878, une partie de sa fortune fut léguée aux communes de Saint-Gilles, Koekelberg et Etterbeek, à charge pour elles d’édifier, sur leur territoire respectif, des hospices-hôpitaux destinés aux personnes âgées démunies, aux malades, aux infirmes et à d’autres infortunés, sans distinction de culte, de privilège ou de préférence. À Saint-Gilles, des terrains étaient disponibles en face de la prison, près de la Hollestraat, aujourd’hui disparue.

[Home Jourdan, vers 1956, Archives du CPAS de Saint-Gilles]

 

Le don de 20.000 frs a permis l’acquisition d’une partie du terrain, la commune a offert le complément nécessaire. En 1891, treize ans après le décès du Dr Jourdan, le home portant son nom a ouvert ses portes pour accueillir les premiers pensionnaires Saint-Gillois. Son coût total s’éleva à 455.156,49 frs, avec une capacité de 60 lits.

Pendant longtemps, les 60 lits du home Jourdan suffirent aux besoins de la population locale. L’accroissement de la population, un phénomène général certes, mais particulièrement accentué à Saint-Gilles, allait, au fil du temps, compromettre cette situation et la rendre bientôt franchement préoccupante.

Le vieil hospice, dont la capacité avait cependant été augmentée par un tour de force, passant de 60 à 90 lits, fut irrémédiablement dépassé par les événements. Plusieurs centaines de personnes devaient être dirigées vers des homes situés souvent loin de Saint-Gilles, éloignés de tout ce qu’elles avaient connu tout au long de leur existence. Une solution radicale s’imposait ; il était devenu indispensable de faire du neuf.

En 1955, une commission d’études fut constituée sous la présidence de Jacques Franck, qui était à l’époque échevin délégué aux fonctions de Bourgmestre de Saint-Gilles. La Commission d’Assistance Publique saint-gilloise désigna alors l’architecte Gustave Pappaert pour mener à bien cette tâche. Les travaux furent entamés le 1er mars 1957, et le 15 juin 1957, Edmond Leburton, Ministre de la Santé publique et de la Famille, procéda solennellement à la pose de la première pierre des nouveaux bâtiments.

[Pose de la première pierre par le Ministre Edmond Leburton, 1957, Archives communales de Saint-Gilles]

 

L’aile dite « des conjoints » fut construite en premier lieu, et le 1er juillet 1959, les pensionnaires qui occupaient les anciens bâtiments furent transférés dans cette nouvelle aile. Quelques semaines plus tard, le vieil hospice Jourdan était entièrement rasé.

La construction du bâtiment central et de l’aile réservée aux personnes seules débuta immédiatement après. Les travaux furent achevés au début de 1962, et fin septembre, le successeur de l’hospice Jourdan, désormais appelé le home « Les Tilleuls », put accueillir ses nouveaux pensionnaires dans des conditions de confort parfaites.

Le home « Les Tilleuls » a été officiellement inauguré le 23 novembre 1963. L’ensemble des bâtiments du home ne laissait pas d’impressionner ceux qui les découvraient pour la première fois. La capacité de cette maison de retraite modèle était de 258 lits, répartis comme suit : dames seules (63 lits), messieurs seuls (39 lits), semi-valides (72 lits), 30 appartements pour conjoints (60 lits) et une infirmerie pour les malades légers (24 lits). Il convient d’ajouter un appartement pour la directrice, 12 chambres destinées au personnel, ainsi que les locaux de séjour et de cuisine qui leur sont dédiés, ainsi qu’un logement familial pour le concierge.

[Résidence « Les Tilleuls », 1963, Archives du CPAS de Saint-Gilles]

 

Le home est érigé sur un terrain d’une superficie d’environ 76 ares, délimité par trois artères, dont la principale est l’avenue Ducpétiaux. L’implantation des bâtiments a été étudiée de manière à créer une certaine transparence, permettant ainsi, depuis la rue Diderich, la visibilité des constructions le long de l’avenue Ducpétiaux.

La résidence « Les Tilleuls », relève encore actuellement de la responsabilité du prédécesseur légal des hospices, à savoir le CPAS de Saint-Gilles. Ainsi, en 2019, le CPAS a initié des travaux de rénovation visant à redonner toute sa splendeur à cette institution emblématique de la commune.

[Plaquette conçue lors de l’inauguration et résultats de la première phase des travaux à la résidence « Les Tilleuls »,2019-2023, Archives du CPAS de Saint-Gilles]

 

Comme le dit le proverbe : « Une petite aide fait grand bien ». Le docteur Jourdan a généreusement contribué par d’importants dons à la construction d’hospices et de crèches visant à soutenir les publics fragiles en Belgique, en particulier dans les trois communes qui sont devenues ses légataires universelles : Saint-Gilles, Koekelberg et Etterbeek. En 1874, il a fait un don financier à la ville de Louvain, sa cité universitaire, en vue de la création d’une crèche avec une école maternelle, venant ainsi compléter celles des trois communes mentionnées précédemment. En échange, ses légataires sont responsables de l’entretien de son tombeau et de celui de sa sœur.

 

Sources:

 

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