Sport

La santé par l’exercice

Cyclisme, gymnastique, balle pelote, natation, basketball, judo, tennis de table, escrime, football… la liste des sports individuels et collectifs exercés dans nos communes est interminable. Preuve que le sport a une importance fondamentale dans nos sociétés modernes, que ce soient des enfants qui se retrouvent sur le terrain de jeu du coin ou des rencontres de clubs professionnels qui attirent des milliers de spectateurs.

Mais que savons-nous de nos athlètes et clubs locaux qui ont sombré dans l’oubli ? Quid des infrastructures sportives qui n’ont jamais vu le jour ? Pourquoi a-t-on inauguré un square Eddy Merckx en 2019 dans une commune bruxelloise ?

ArchivIris répondra à ces questions et vous fera découvrir le thème du sport vu à travers les archives communales en Région Bruxelles-Capitale.

Bonne lecture !

 

Santé publique et salubrité

Le petit coin et la gestion des déjections à Bruxelles au fil des siècles (2ème partie)

Au début du 19e siècle, il y a toujours peu de maisons possédant des latrines. S’il y a des lieux d’aisance, ceux-ci restent rudimentaires et communs aux habitants de plusieurs logements. Il s’agit généralement d’une cuvette en poterie ou en fonte munie d’un couvercle amovible. Les latrines se déversement directement dans la Senne ou sont reliées à des fosses d’aisance souterraines par des colonnes en terre cuite. Elles doivent alors être régulièrement vidées par le fermier des boues pour éviter les infiltrations ou les remontées. Les latrines publiques n’existent pas encore et le commerce des excréments a encore lieu.

[Latrine partagée située impasse Sainte-Ursule, photo, [1927-1931], Habitations bon marché (n°24), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Latrines partagées dans l’impasse de l’Ecluse, photo et plan, [1927-1928], Habitations bon marché (n°23), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Latrines partagées dans l’impasse du Froment, photo et plan, [1927-1928], Habitations bon marché (n°23), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Latrines donnant sur la Senne, photo, 1867, Collection iconographique (Album XVII-18, GHEMAR FRERES, Assainissement de la Senne, Bruxelles en 1867. Vues photographiques prises à l’emplacement du nouveau Boulevard à ouvrir au travers de la Ville de Bruxelles, folio 10), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

La ville connait cependant au cours du 19e siècle une forte croissance démographique. Ce qui a pour conséquence l’exacerbation du problème de gestion de ces déchets et leur visibilité accrue dans l’espace public. Les considérations hygiénistes très présentes à l’époque et l’élévation de la pudeur au rang de vertu vont motiver l’introduction de demandes auprès des autorités publiques pour une plus grande répression des comportements en matière de satisfaction des besoins naturels et pour l’installation de lieux d’aisance dans la sphère publique. Un premier règlement communal en 1828, traduit en ordonnance de police en 1836, répond à ces demandes. Les premiers urinoirs publics sont installés en 1845. Jugés insuffisants, 200 autres seront ajoutés en 1885. Initialement installés près des lieux fort fréquentés, ils vont par la suite être relégués aux impasses et rues secondaires. Ces installations sont uniquement à destination d’un public masculin. Un seul chalet de nécessité pour femme a été installé à la porte Louise vers 1880-1885. En 1864, une nouvelle ferme des boues est construite dans le faubourg nord sur les plans de l’architecte Ed. André. Elle sera complétée en 1901-1902 par de nouveaux bâtiments de l’architecte Henri Van Dievoet.

[Interdiction d’uriner dans les rues sous peine de poursuites devant le Tribunal de simple police, règlement, 26 juin 1846, Affiches administratives (1846), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Projet de water closets à la Porte Louise, plan, [1870-1900], Travaux publics et Urbanisme (NPP K1), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Projet d’urinoirs provisoires sur l’avenue Louise prolongée, plan, [1870-1900], Travaux publics et Urbanisme (NPP K1), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Invention de Monsieur I. Leys : les colonnes utiles, plan, [19e siècle], Travaux publics et Urbanisme (NPP K1), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Colonne lumineuse-urinoir, photo, 1872, Collection iconographique (album 12-25-25), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

Malgré ces différentes mesures, l’état sanitaire de la ville n’est pas amélioré. Les autorités envisagent alors une nouvelle piste : la fourniture en eau courante de tous les logements (qui ne sera effective qu’à la première moitié du 20e siècle) et l’évacuation souterraine de leurs eaux usées. Jusqu’à cette époque, l’approvisionnement en eau se faisait grâce à des puits et des fontaines . Le système d’égouttage mis progressivement en place depuis le Moyen-Age devait être également amélioré, ce qui sera fait par la mise en place d’un vrai réseau et par le voutement de la Senne .Dans la foulée, les fosses d’aisance sont supprimées sur le territoire de la ville.

[Urinoirs dans les impasses de l’Enfer et de la Violette, à l’angle de la rue Cantersteen, photo, [1911-1930], Collection iconographique (C-3015), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Urinoirs dans le bas de la rue Ravenstein, photo, [1910-1930], Collection iconographique (C-3834), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Urinoirs à l’impasse de la Ferraille, photo, [1927-1928], Habitations bon marché (24), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Reconstruction de l’urinoir rue du Houblon à l’angle de la rue Rempart des Moines, plan, [fin 19e siècle], Travaux publics et Urbanisme (NPP K1), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

Progressivement, l’hygiène privée progresse : la réglementation indique les conditions d’installation des lieux d’aisance (aération, etc.) et l’offre des appareils sanitaire se diversifie. Cependant, l’implantation de toilettes privées dans chaque logement est lente. Lors du recensement de 1961, 25% des logements ne possèdent pas encore de water-closet privé avec chasse. Ce chiffre passe à 7% en 1991. En parallèle de l’amélioration de la situation à l’intérieur des logements, les toilettes publiques vont progressivement disparaitre pour être presque inexistantes aujourd’hui.

 

[Modèle de latrine privée avec chasse d’eau, catalogue d’appareils sanitaires Vliegen, [début 20e s.], Fonds Fauconnier (89), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

Source principale :

BILLEN Cl. et DECROLY J.-M., Petits coins dans la grande ville. Les toilettes publiques à Bruxelles du moyen âge à nos jours, Historia Bruxellae, 4, 2003.

© Archives de la Ville de Bruxelles – Tous droits réservés

 

 

 

 

Santé publique et salubrité

Le petit coin et la gestion des déjections à Bruxelles au fil des siècles (1ère partie)

Au Moyen-Âge, la plupart des logements ne sont pas équipés de latrines. Certains bâtiments plus importants ou à usage collectif possèdent néanmoins des commodités en leur sein. Lorsqu’elles sont présentes, les latrines se résument à une construction en planches au-dessus d’une fosse. Généralement, les habitants de la Ville se soulagent à l’extérieur, dans un coin tranquille de la rue, derrière un arbre, etc. Ces ordures se retrouvent ainsi dans l’espace public. Dans les zones rurales, les excréments humains et animaux sont nécessaires à l’entretien de la fertilité des sols et sont collectés à cette fin. À l’intérieur des murs de la ville, ce cycle de recyclage est moins évident. L’évacuation des déchets se fait traditionnellement par le réseau hydraulique : la Senne et ses affluents. Cependant, la Senne va être progressivement réservée aux usages industriels et à l’évacuation des déchets engendrés par ceux-ci.

[Zones de culture intra et extra muros au nord-ouest de Bruxelles et Senne, plan, 1576, Plan de Bruxelles (n°3 : Georg Braun et Frans Hogenberg, Bruxella, urbs aulicorum frequentia, fontium copia, magnificetia principalis aulae, civicae domus, ac plurium aliarum splendore, nobilissima, etc.), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

L’évacuation des immondices en dehors des murs de la ville va être pris en charge déjà au 14e siècle par le maire des boues (modermeyer). Le Magistrat le rend également responsable du nettoyage des ruisseaux. Il est aidé dans sa mission par les benneleurs (ou kerremennen) qui s’occupent du convoyage des détritus. Ceux-ci revendent une partie du fumier à l’extérieur de la ville ou l’utilisent pour leurs propres exploitations agricoles ou maraichères. Le reste des déchets est probablement amené au dépôt d’immondices au nord-ouest de la ville, le Bruyt. Ce système constitue le premier service public d’ébouage de Bruxelles.

[Feuille d’étrennes des éboueurs ou nettoyeurs de rue, photocopie d’une gravure, [18e siècle], Collection iconographique (D-2210), Archives de la Ville de Bruxelles] 

 

La situation change peu au cours des siècles suivants, tandis que le rapport à ces immondices évolue. Dès le 15e siècle, de nouvelles sensibilités apparaissent par rapport aux odeurs. Elles s’expliquent en partie par la croyance que les mauvaises odeurs peuvent transmettre des maladies. Différents règlements tentent de résoudre les questions de gestion des déjections, mais sans succès.

[Gravure satirique présentant les moyens de se préserver du choléra. Parmi ceux-ci : la chaise percée, gravure, 19e siècle, Collection iconographique (D-1112), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

Le 18e siècle est également marqué par la peur de la maladie qui s’exprime plus par la crainte de la stagnation et de la putréfaction. L’organisation de l’évacuation des déchets dans l’espace public est réglementée par le Gouvernement central en 1771. Pour éviter la stagnation des déchets dans les rues, les habitants ne peuvent les sortir que dans des grandes mannes au moment du passage des éboueurs qui s’annoncent à l’aide d’une cloche. Ceux-ci conduisent les immondices au Mestback (trou au fumier), nouveau dépôt d’immondices en activités dès le 17e siècle et situé près du bassin du nouveau canal de Willebroeck.

Les fosses d’aisance de certaines maisons riches sont aménagées afin de séparer l’air corrompu du reste de l’habitat grâce à des systèmes de couvercle et de réserve d’eau pour l’évacuation des déchets. Il s’agit des ancêtres de nos toilettes modernes, mais elles sont très rares vu l’absence d’eau courante généralisée dans la ville.

[Mestback le long du canal de Willebroeck, reproduction d’un dessin, [20e siècle], Collection iconographique (A-1127), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

Source principale :

BILLEN Cl. et DECROLY J.-M., Petits coins dans la grande ville. Les toilettes publiques à Bruxelles du moyen âge à nos jours, Historia Bruxellae, 4, 2003.

 

© Archives de la Ville de Bruxelles – Tous droits réservés

Santé publique et salubrité

L’hôpital civil de Schaerbeek

À la fin du XIXe siècle, les maladies infectieuses saisonnières aux conséquences graves se font de plus en plus nombreuses. Le Conseil communal décide donc de créer un hôpital afin de pouvoir traiter dans de bonnes conditions sa population.

Depuis 1884, la commune de Schaerbeek disposait d’un lazaret composé de baraquements en bois situé sur l’avenue Princesse Elisabeth, puis rue Royale-Sainte-Marie. En 1891, le conseil communal fait le constat que ce lazaret-hôpital n’est plus en mesure d’accueillir tous les patients qui se présentent. Certains doivent être renvoyés vers les hôpitaux de la Ville de Bruxelles et d’autres, qui ne sont pas complètement guéris, sont renvoyés chez eux (parfois dans des habitations insalubres) pour céder leurs places à d’autres personnes. Devant cette situation intenable, il est décidé de construire un grand hôpital civil qui devrait pouvoir subvenir aux besoins d’une population toujours croissante (notamment la classe défavorisée grossie par l’immigration résultant de la démolition de certains quartiers dans le cœur de la ville de Bruxelles).

[Règlement du lazaret, 1889, Archives communales de Schaerbeek]

[Projet de règlement de l’hôpital, 1897, Archives communales de Schaerbeek]

 

Après quelques tergiversations, le choix du terrain pour bâtir le nouvel hôpital se porte sur un espace de 3 hectares et 4 ares situé entre les chaussées de Helmet et de Haecht. L’étude du projet de construction est confié à l’architecte communal Hippolyte Jaumot. Il sera donc élevé « dans les meilleures conditions hygiéniques, un hôpital pour 220 malades avec toutes les dépendances nécessaires à un établissement de ce genre » (Conseil communal du 26 juillet 1892). La réalisation d’une série d’expropriations est alors nécessaire pour libérer le terrain et en rendre la commune entièrement propriétaire.

[Avant-projet pour la construction d’un nouvel hôpital, plan d’ensemble, 1897, Archives communales de Schaerbeek]

 

L’avant-projet est soumis ensuite à l’examen du Comité local de salubrité publique. Selon les recommandations du Comité, et donc bien avant l’édification de l’hôpital Brugmann par Victor Horta à partir de 1911, le projet de Schaerbeek comprend déjà des pavillons de plain-pied répartis sur un grand espace arboré, afin d’éviter les contagions croisées. Les bâtiments ne pourront accueillir que 20 malades maximum. Les pavillons qui composeront chaque quartier spécifique, seront reliés entre eux par des galeries couvertes mais très aérées. L’approvisionnement en eau de bonne qualité devra également se faire dans de bonnes conditions.

[Pavillons avec galeries, plan (avant-projet), Archives communales de Schaerbeek]

 

Le programme du concours pour la construction de l’hôpital est fixé en 1894. Aussi bien des architectes belges qu’étrangers sont invités à déposer un projet. Il est prévu que le complexe comprenne : un grand bâtiment d’administration à un étage où l’on trouvera, entre autres, quatre salles de consultation, mais aussi une pharmacie et un laboratoire. Le reste du site comprend le quartier des malades (quatre pavillons pour hommes et quatre pour femmes), le quartier des contagieux (deux pavillons complètement isolés du reste de l’hôpital), le quartier des opérations, la buanderie et le dépôt mortuaire. Trois projet sont déposés, mais, considérés comme inadaptés, l’administration décide d’annuler le concours.

[Bâtiment des services généraux, plan (avant-projet) Archives communales de Schaerbeek]

[Buanderie, plan (avant-projet), Archives communales de Schaerbeek]

[Dépôt mortuaire, plan, Archives communales de Schaerbeek]

 

Après entente avec la Commission des hospices civils qui finance une partie de la construction (grâce à des legs notamment), le projet est confié à l’architecte Willem Kuhnen (1834-1907). Ce dernier remodèle le programme du concours, en y ajoutant notamment un bâtiment de désinfection et en agrandissant le bâtiment central qui dessert les différents pavillons. Lors de la séance du Conseil communal du 13 février 1900, le bourgmestre Guillaume Kennis ne cache pas son enthousiasme : « Si nous arrivons à construire l’hôpital dans les conditions qui vous sont proposées, nous aurons ici un hôpital tel qu’il n’en existe nulle part ailleurs dans le pays. L’hôpital sera situé à front d’un boulevard splendide [le boulevard Lambermont], et à une altitude supérieure au niveau de toutes les maisons environnantes, comme cela se présente pour l’hôpital de Simcid à Constantine. Cette situation dominant sur toutes les constructions environnantes présente non seulement un avantage au point de vue de l’hygiène et de l’esthétique, mais aussi au point de vue financier [c-à-d attirer les généreux donateurs] ». Cependant, pour des raisons économiques, la construction de l’hôpital se fait en plusieurs parties. Les premiers pavillons sont ouverts en 1905.

[Hôpital civil, cartes postales, Fonds iconographiques, Archives communales de Schaerbeek]

 

Le bâtiment d’entrée qui devait accueillir l’administration de l’hôpital n’est finalement construit qu’à la fin des années 20 et s’éloigne du grand projet de départ. Là où à l’origine il devait faire 50 mètres de long avec un corps central flanqué de deux ailes, il est finalement réduit à sa plus simple expression. L’hôpital est entièrement parachevé en 1929.

[Projet pour le bâtiment d’entrée, plan, Archives communales de Schaerbeek]

[Bâtiment d’entrée, plans, Archives communales de Schaerbeek]

 

En 1971, la Commission d’Assistance publique (ancêtre du CPAS) qui avait la gestion de l’hôpital depuis 1954 par bail emphytéotique, présente au Collège communal un avant-projet pour la construction d’un nouveau bâtiment pouvant accueillir 450 lits. L’étude a été confiée au bureau Artec et à l’architecte Henri Montois (1920-2009). Le projet définitif est approuvé en 1974. En attendant la construction, les anciens pavillons sont encore utilisés, avant d’être progressivement démolis. En octobre 1976, le site est rebaptisé Centre Hospitalier Paul Brien, en l’honneur de professeur de l’ULB, célèbre pour ses recherches en biologie. Le nouveau bâtiment est inauguré en 1992 et est dénommé New Paul Brien pour l’occasion. En 1999, le centre hospitalier fusionne avec le CHU Brugmann qui en a désormais la gestion.

 

© Archives communales de Schaerbeek – Tous droits réservés

Santé publique et salubrité

La lutte contre les épidémies à Saint-Gilles : la naissance du service communal de désinfection

La lutte contre les infections transmissibles s’organise dès le milieu du XIXe siècle en Europe. C’est en 1893 que la commune de Saint-Gilles décide de mettre en place un service de désinfection public pour lutter contre les diverses épidémies touchant les citoyens : rougeole, scarlatine, coqueluche, varicelle, oreillons, diphtérie, tuberculose, grippe, … La liste est longue.

À la fin du XIXe siècle, le matériel de désinfection est composé de deux types d’appareil : les étuves fixes ou mobiles, et les pulvérisateurs à liquide antiseptique.

[Inventaire des archives du service d’hygiène – série relative au service communal de désinfection. Archives communales de Saint-Gilles.]

 

Dans le cas de la tuberculose, des locaux sont mis à disposition à la fois dans et en dehors des hôpitaux pour mettre en quarantaine les patients. Après traitement, le service de désinfection est dépêché pour nettoyer les locaux. Le matériel tel que les literies ou les vêtements des malades sont placés dans des étuves de désinfection. Dans certains cas, ils peuvent être également brulés.

L’administration communale et l’hôpital de Saint-Gilles se dotent rapidement en 1893-1894 d’étuves à désinfection. Ces machines utilisent la vapeur sous pression pour assainir sur place la literie et les vêtements portés par les patients ou les personnes contaminées. Les étuves sont également utilisables à des fins privées moyennant une somme d’argent.

 

© Administration communale de Saint-Gilles

Santé publique et salubrité

De la Senne vivante à la Senne cachée

Comme de nombreuses grandes villes, Bruxelles s’est développée sur les berges d’un cours d’eau : la Senne. Celle-ci n’est aujourd’hui plus ou peu visible dans le centre urbain (on peut encore l’apercevoir à proximité de l’écluse d’Anderlecht et près de la station d’épuration de Bruxelles-Nord. Une reconstitution a été faite au n°23 de la place Saint-Géry, à côté de l’ancien couvent des Riches-Claires), car elle a fait l’objet d’un des chantiers les plus importants que la ville ait connu : son voûtement. Ces travaux ont profondément et durablement changé la physionomie de la ville.

[Plan de Bruxelles sur lequel on aperçoit la Senne et les zones marécageuses, atlas papier, 1550-1565, Plan de Bruxelles (n°1, J. DE DEVENTER, Atlas topographique des villes des Pays-Bas au XVIe siècle), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Pont sur la Senne à la chaussée de Buda, photo, août 1970, Collection iconographique (C-24652), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

Avant de devenir une rivière souterraine, la Senne eut différents usages et participa au développement de la ville à plusieurs titres. Elle a été à la fois la source d’énergie qui actionne les moulins ; la voie de navigation qui relie Bruxelles à d’autres grands centres urbains ; un élément constitutif du réseau de fortifications ; une source alimentaire en permettant la pisciculture ; une matière première pour certains métiers ; ainsi qu’une voie d’évacuation des déchets et des eaux usées. Bien que la Senne soit petite et de faible capacité, elle est une rivière capricieuse. Ses inondations ne sont pas rares et certaines sont impressionnantes, comme celle de 1820.

[Caricature représentant l’actuelle place Saint-Géry lors de l’inondation de janvier 1820, reproduction d’un dessin, 19e siècle, Collection iconographique (K-573), Archives de la Ville de Bruxelles]. Cette inondation résulte d’un dégel subit après d’excessives gelées. Les villes de Tubize et de Halle furent submergées et il fut impossible de maintenir les eaux dans cette dernière ville. Après en avoir averti la ville de Bruxelles par le tir de quelques coups de canons comme il était d’usage à l’époque, les écluses furent levées et les eaux se précipitèrent avec une furie extraordinaire sur Bruxelles.

[Senne longeant les anciens remparts de la Ville au niveau de la porte de Hal au moment de leur démolition en 1830-1831, photo d’une aquarelle de F.-A. Bossuet exécutée en 1887, 20e siècle, Collection iconographique (F-347), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

La pollution de ses eaux a été constante. Déjà au Moyen Age, certains métiers se plaignent fréquemment des rejets d’eaux usées effectués par d’autres en amont. La situation s’aggrave avec l’installation d’industries le long de ses berges au 19e siècle et enfin, par la mise en place en 1848 d’un réseau moderne d’égouts qui y déverse toutes les eaux collectées. De plus, la diminution de son débit, principalement due aux divers captages de ses eaux, ne permet plus l’évacuation des détritus.

[Photographie de la Senne, photo, 1867, Collection iconographique (Album XVII-18, GHEMAR FRERES, Assainissement de la Senne, Bruxelles en 1867. Vues photographiques prises à l’emplacement du nouveau Boulevard à ouvrir au travers de la Ville de Bruxelles, folio 10), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Ancien marché aux Poissons le long de la Senne, photo, [1870], Collection iconographique (F-627), Archives de la Ville de Bruxelles]. A cet endroit s’élève actuellement le nouveau Centre administratif de la Ville (Brucity).

 

La mauvaise qualité de l’eau alerte les autorités du 19e siècle très sensibles aux questions hygiénistes et soucieuses de donner à Bruxelles une image de capitale. En 1865, le projet de voûtement de la Senne de l’architecte Léon Suys est retenu et soutenu par le bourgmestre Jules Anspach. Une compagnie anglaise, la Belgian Publics Works Company, est chargée de l’exécution des travaux qui ne durèrent que trois ans. Ceux-ci sont colossaux et impressionnants. Le tissu urbain est véritablement éventré et nombre de vieux quartiers détruits. Ces travaux ont pour conséquence la disparition des quartiers pauvres établis sur les berges, ainsi que la création et l’aménagement de grands boulevards selon le modèle haussmannien. Ceux-ci sont inaugurés en grande pompe le 30 novembre 1871. Le voûtement permet la récolte et l’évacuation des eaux usées sans qu’elles ne soient traitées. Cette situation perdure jusque dans les années 1960.

[Extrait du projet de rectification du cours de la Senne présentant un projet de Bourse, Grand Boulevard et Halles centrales, plan papier, 1865, Collection iconographique (album VIII-28, L. SUYS, Bruxelles, Senne et boulevards. Solution du problème hygiénique et monumental), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Vue des travaux de voûtement de la Senne et de construction du collecteur au niveau de l’actuel boulevard Emile Jacqmain, photo, 1869, Collection iconographique (F-28), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Vue des travaux de voûtement de la Senne et de construction du collecteur au niveau de la rue des Chartreux, photo, 1869-1874, Collection iconographique (F-907), Archives de la Ville de Bruxelles]

[Caricature de E. De Geneffe représentant l’inauguration des nouveaux boulevards, eau-forte, 1871, Collection iconographique (R-30), Archives de la Ville de Bruxelles]

 

© Archives de la Ville de Bruxelles – Tous droits réservés

Santé publique et salubrité

Les cliniques universitaires Saint-Luc

L’histoire des Cliniques universitaires Saint-Luc ne peut s’aborder sans évoquer l’affaire de Louvain, souvent dénommée « Walen buiten » au sud du pays et « Leuven Vlaams » en Flandre. En effet, si les demandes relatives à la fermeture de la section francophone de l’université catholique de Louvain sont antérieures aux années 60, c’est notamment suite aux lois de 1962, que la question linguistique se cristallise autour de la présence francophone au sein de l’institution. Les nationalistes flamands, revendiquant le droit du sol,  perçoivent l’UCL comme « une université francophone en territoire flamand ».

En mai 1966, les évêques refusent de procéder à la scission de l’université et déclarent : « Nous voulons maintenir l’unité institutionnelle de l’Université ainsi que son unité géographique qui se trouve à Louvain ». Diverses mesures sont mises en place : augmentation de l’importance du corps professoral néerlandophone, bilinguisme au sein de l’administration.  Toujours en mai 1966, le rapport définitif de la « Commission pour le planning de la Médecine,  dit rapport « Somer-Lavenne » est déposé : la faculté de Médecine est désormais scindée en deux entités distinctes.

Le 5 novembre 1967, une manifestation est organisée à Anvers pour demander le retrait des étudiants francophones de l’université. Menée par 27 parlementaires PSC-CVP, elle rassemble 30.000 personnes. Des étudiants flamands y scandent alors la formule restée célèbre : « Walen buiten ». Les étudiants francophones réagissent de manière satirique en créant l’université d’Houte-Si-Plou à proximité d’Esneux. Cette décision traduit la volonté de montrer l’incohérence de la scission d’une université qui se veut justement … universelle.

Le 2 février 1968, l’évêque de Bruges fait marche arrière et reconnait s’être « grossièrement trompé » lorsqu’il avait souhaité maintenir l’unité de l’université de Louvain.

[Les étudiants à Houte-Si-Plou – source: blog: www.memoiredeneupre.be]

 

Une expansion nécessaire

S’il est certain que les évènements évoqués ont précipité les décisions qui mèneront, in fine, à la création des Cliniques universitaires Saint-Luc, la question du besoin d’expansion de la faculté de médecine ne doit pas être mésestimée. En effet, en 1963 les deux universités comptent 15.565 étudiants mais cinq ans plus tard, au moment de la séparation, ce chiffre s’élève 24.365. Des problèmes d’encombrement sont donc à redouter de facto. Par ailleurs, l’est de Bruxelles est alors peu desservi en lieux de santé.

La question de l’expansion universitaire est déjà évoquée dès la Noël 1957. A l’occasion du réveillon, monsieur Woitrin (l’une des têtes pensantes à l’origine des campus de Louvain-la-Neuve et Louvain-en-Woluwe) rencontre le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, Donald Fallon. Ce denier lui confie que le Notaire Morren, favorable à l’UCL, est parvenu à mettre la main sur un terrain de 80 ha sur sa commune. Il serait, d’ailleurs, disposé à le vendre à un prix préférentiel. L’idée séduit Woitrin qui présente alors le projet à sa hiérarchie. Celle-ci lui oppose une loi de 1911 accordant la personnalité civile à l’université de Louvain tout en limitant le droit d’implantation de celle-ci à l’arrondissement de Louvain. Il faut attendre 1963 pour que l’Archevêché de Malines acquière lui-même 38 ha afin de contourner l’interdiction qui frappait l’Université. Suite au vote de la loi sur l’expansion universitaire en 1965, l’UCL rachète le terrain à l’Archevêché (il s’agit du domaine de l’Hof ter Musschen, à l’exception de la ferme acquise par la commune de Woluwe-Saint-Lambert qui en devient pleinement propriétaire à la mort du dernier fermier, en 1985, et qui la fait classer trois ans plus tard)  Ladite loi autorise, par ailleurs, l’UCL à y organiser exclusivement les licences et les doctorats en médecine.

 

[Ferme des Moineaux, carte postale, musée communal de Woluwe-Saint-Lambert]

 

Une commission de programmation pour un nouvel hôpital à Woluwe-Saint-Lambert est mise en place en décembre 1965. Elle envisage de terminer les plans pour 1967. Un campus de 50 ha est souhaité alors que l’Université de dispose que de 38 ha. L’espace manquant est censé être récupéré par voie d’expropriation. Les promoteurs du projet souhaitent construire un lieu de soin le plus moderne possible. C’est ainsi que plusieurs voyages sont organisés en Suède est au Etats-Unis afin d’apprécier les possibilités offertes par la modernité en terme de climatisation, d’automatisation des transports de matières et d’informatisation.

Le Ministère de la santé publique donne son agrément en mai 1969, les travaux débutent alors, juste après que les fermiers qui occupaient jusqu’alors terrains, puissent procéder aux dernières moissons. La mise en fonctionnement est, à ce moment-là, prévue pour 1973. La même année l’Institut Paul Lambin s’installe sur le site de Saint-Luc. Si à la fin de l’année 1971, le gros œuvre se termine les travaux sont à l’arrêt suite à la mise en faillite du bureau d’étude chargé du projet. L’ouverture de l’hôpital est donc replanifiée pour 1974.

[L’hôpital en cours de construction, photographie, Administration communale de Woluwe-Saint-Lambert]

 

La première rentrée académique sur le site de Woluwe-Saint-Lambert a lieu le 18 octobre 1974. Il s’agit de la fête de Saint-Luc et du 548ème anniversaire de la Faculté de Médecine de Louvain en 1426.  La Faculté de pharmacie et des sciences biomédicales (FASB) de l’UCL est également installée en 1974. L’hôpital, quant à lui, est finalement inauguré en 1976 et 910 lits sont disponibles. Dès le 23 d’août, les premiers patients en médecine interne sont accueillis.. Un an plus tard,  l’Institut Supérieur d’Enseignement Infirmier (Parnasse-ISEI) compte parmi les structures du campus.

En février 1980, l’asbl le Roseau est créée. Elle débouche sur l’ouverture du centre qui porte le même nom en octobre 1980. Celui-ci accueille les familles des malades. Situé à 5 minutes à pieds des cliniques, il permet que les familles qui y sont hébergées puissent rendre visite à leurs proches hospitalisés, facilement et rapidement.

En novembre 1989,  la passerelle en verre qui relie le campus à l’hôpital adopte sa forme définitive. C’est également à ce moment-là que les urgences sont étendues et qu’un bâtiment appelé la Verrière, est construit. Il est Initialement destiné a dégager de l’espace pour les services administratifs de l’hôpital. En 1991, l’École pratique des hautes études commerciales (EPHEC) accueille ses premiers étudiants. En 1993, la Résidence ouvre ses portes. Elle est destinée aux malades qui ne nécessitent pas de soins infirmiers et qui souhaitent disposer, à leurs frais, d’une chambre privée. En 1999, une fusion avec l’institut Albert Ier (soins continus, réadaptation neuro-locomotrice) est réalisée. A cette occasion, la Verrière est étendue. Elle a ainsi fait la connexion avec d’autres bâtiments, notamment l’école de médecine dentaire. L’École centrale des arts et métiers (ECAM Bruxelles) complète les structures déjà présentes en 2000.

En novembre 2005, l’Hospiday est créé. Il s’agit d’un hôpital de jour pour la chirurgie. La même année, l’ensemble des laboratoires du site est regroupé dans une nouvelle tour. En 2010, un projet de déménagement du service des urgences est engagé. Il aboutira 6 ans plus tard. Il répond au constat qu’entre 1976 et 2014 la fréquentation annuelle des urgences a quadruplée.

Toponymie  

C’est à l’initiative du professeur J.-J. Haxhe que la dénomination « Cliniques universitaires Saint-Luc » est proposée dès 1971. Voici quelques raisons qui ont soutenus cette proposition :

  • LUC est l’anagramme de UCL
  • Saint-Luc est le patron des médecins
  • Il n’y a aucun hôpital qui porte ce nom dans l’agglomération bruxelloise

Le terme de « Cliniques » est préféré à « hôpital » car il permet de désigner un établissement de soin privé alors que « hôpital » est plutôt rattaché à la notion d’organisme public. De plus, le terme est choisi au pluriel car le programme de base prévoit déjà plusieurs bâtiments formant un ensemble Hospitalo-Universitaire. Enfin, la référence à un Saint rappelle la culture chrétienne et permet de rattacher le lieu au concept d’établissement de soin comme c’est souvent le cas à Bruxelles (Sainte-Anne, Sainte-Elisabeth, Saint-Jean, Saint-Michel, Saint-Pierre …).

La dénomination des artères du site fait l’objet d’une commission spécifique le 9 juin 1972. Plusieurs propositions sont faites et deux d’entre elles sont retenues : l’avenue Hippocrate (en référence au « père » de la médecine) et le clos Chapelle-aux-Champs.

Le site de la Mémé et la Station de Métro Alma

L’histoire du site de la Mémé (maison médicale) est à corréler avec les évènements  de mai 1968. Durant cette période où les étudiants aspirent à plus de responsabilité sociale et politique, ils rejettent un premier projet proposé par les autorités académiques et parviennent à imposer un nouvel architecte : Lucien Kroll. Ce dernier envisage de travailler avec des matériaux simples, traditionnels, durables et remplaçables à moindre coût. Il entend respecter la complexité des écosystèmes et l’harmonie entre le sol organique et les éléments d’architecture qui sont posés dessus. L’accent est également mis sur la participation des étudiants et des riverains ainsi que sur le respect des besoins individuels. C’est la maison médicale qui sera le premier bâtiment à être construit. Elle donne une impression de « ruine savante ». Elle se veut être une provocation à la rigidité des cliniques universitaires.

La « mairie » abrite, quant à elle, des locaux de l’administration, des commerces et une école. Cette dernière, non présente sur les plans initiaux a pu être ajoutée par Kroll grâce à l’usage colonnes en lieu et place des pieux de fondation. Les locaux seront modifiés 10 ans plus tard afin que l’école Chapelle-aux-Champs puisse disposer d’espaces plus adaptés.

La station de métro Alma est inaugurée en 1982. Elle doit elle aussi son nom à J.-J. Haxhe C’est lui qui propose cette dénomination à M. Woitrin en 1972 car, dans son esprit, elle fait référence tant à l’Alma Mater qu’aux restaurants Alma destinés aux étudiant et présents sur le campus de Louvain. Woitrin présenta l’idée au président de la STIB, M. Cudell et au bourgmestre Fallon en précisant que ce nom avait l’avantage d’être intraduisible tant en néerlandais qu’en français et qu’il rappelait le faste de la ville de Paris.

La station, est envisagée, tout comme le reste du campus, en tant que création organique et fait hommage à l’œuvre d’Antonio Gaudi. Conçue à partir de métal, de maçonnerie et de verre (décoré de feuillage, d’oiseaux et d’animaux par Simone Kroll, l’épouse de Lucien), elle évoque la ramure des arbres. Elle se caractérise aussi par ses puits de lumière qui laissent une impression de clairière.

[La station de métro Alma en 1982 – source Wikipedia]

 

Quelques premières médicales à l’UCL

1981 – une première en Belgique : la séparation de jumeaux siamois âgés de 6 mois.

1987 – première amputation complète de la langue (glossectomie) et reconstruction avec une portion de l’estomac.

1990 – Une autre première belge : placement d’une ombrelle de Rashkind pour fermer un canal artériel via cathétérisme.

2011 – Mise en service du CytoCare, un robot capable de préparer de manière automatisée les solutions de chimiothérapie et mise au point d’un nouveau traitement pour lutter contre les apnées du sommeil par la stimulation du nerf hypoglosse.

2015 – Première en Belgique : réparation, à cœur battant, d’une valve mitrale et découverte de la rapamycine, un médicament anti-rejet après une greffe.

2016 : Pose du plus petit pacemaker au monde.

 

© Musée communal de Woluwe-Saint-Lambert – Tous droits réservés

 

Santé publique et salubrité

Le Docteur Ensch et le service de l’hygiène de Schaerbeek

C’est suite à la proposition du Docteur Elie Lambotte, alors chef de service chirurgical de l’hôpital civil et conseiller communal, qu’un service spécial d’hygiène est créé en 1902. Pour mettre en place ce service, Lambotte s’est adjoint le concours d’un jeune médecin, le Docteur Jean Norbert Ensch. Ensemble, ils ont longuement étudié ce qui se pratiquait déjà dans plusieurs grandes villes européennes, notamment en Allemagne mais aussi en France. Le but du service est clair : « l’œuvre nouvelle doit être avant tout une œuvre médicale et sociale (…) à notre époque où les progrès de l’hygiène des villes sont si nombreux et si rapides, il importe que les communes soient le mieux renseignées qu’il est possible sur toutes les questions d’hygiène qui sont à l’ordre du jour » (rapport de M. Lambotte au Conseil communal, 9 octobre 1900). Le service a aussi un but pédagogique et sa propagande doit tendre à l’éducation hygiénique de la population.

[Jean Norbert Ensch, photographie parue dans la revue Plus Oultre, juillet 1952]

 

Tout naturellement, le Conseil communal décide, dès la création du service de l’hygiène, de nommer à sa tête le Docteur Norbert Ensch. Celui-ci est né à Arlon le 29 mai 1874. Il a obtenu son diplôme en médecine à l’Université Libre de Bruxelles en 1897. En 1904, il devient aussi secrétaire du Comité de Salubrité publique de la commune. Il se consacre à la gestion de la santé avec un grand professionnalisme, adoptant les théories hygiénistes les plus modernes. Il met en place et dirige d’une main ferme mais bienveillante toute une série d’institutions schaerbeekoises qui se sont révélées des plus utiles pour la population. La santé des enfants lui tient particulièrement à cœur et le corps enseignant a pu trouver en lui « un appui moral, un conseiller qui inculque avec bonheur, avec fruit, les notions de la médecine préventive, de l’éducation et de l’enseignement au grand air ; le dépistage de certains symptômes des maladies de l’enfance » (Dr Thoelen dans Courrier médico-pharmaceutique de Belgique, novembre 1928, p. 509).

En 1927, Norbert Ensch épouse Jeanne Dekelper veuve Duys (1865-1957), une puéricultrice de formation, qui a entamé sa carrière comme institutrice et professeur de gymnastique à Schaerbeek en 1888. En 1919, elle est nommée comme directrice de la toute nouvelle école n°15, située au littoral à Uytkerke (commune de Blankenberge) et qui a pour vocation de permettre aux enfants à la constitution fragile de se refaire une santé. Son futur mari est à la base de la création de cette école et est le médecin qui examine et choisit les enfants qui peuvent bénéficier de cet enseignement iodé. En 1932, Jeanne Dekelper-Ensch est aussi la première femme à être élue conseillère communale à Schaerbeek.

[Jeanne Dekelper-Ensch, photographie extraite de la liste des candidats libéraux aux élections communales du 9 octobre 1932, Fonds Secrétariat, Archives communales de Schaerbeek]

[Diplôme de Jeanne Dekelper, Fonds Personnel, Archives communales de Schaerbeek]

[Affiche pour les élections communales du 9 octobre 1932, Fonds iconographique, Archives communales de Schaerbeek] 

 

En 1933, le Docteur Ensch prend sa pension. C’est l’occasion pour l’administration de témoigner sa gratitude à ce bel esprit lors d’une réception donnée en son honneur. Après une paisible retraite passée au côté de son épouse, il s’éteint à son domicile le 2 juillet 1952.

Norbert Ensch adhérait à la théorie que la santé des enfants devait être préservée dès le plus jeune âge et que « les faiblesses, les insuffisances, les préjugés et l’ignorance des parents laissent des traces perfides et le plus souvent indélébiles qui mettent la santé des enfants en péril » (Berthe THEYS-LIEVENS, « Le Docteur Ensch », dans Plus Oultre, juillet 1951, p. 2). C’est donc, avec le soutien du Collège, qu’il met sur pied une consultation pour nourrissons et enfants âgés de moins de deux ans. En annexe de cette consultation, il crée en 1904 l’œuvre de bienfaisance La Goutte de Lait, qui sera aussi appelée Le Bon Lait pour les Petits ou simplement Le Bon Lait. Elle est chargée de fournir aux mères du lait provenant de vacheries contrôlées par le Laboratoire intercommunal de chimie.

Le maintien de l’hygiène dans le milieu scolaire est primordial pour garantir une hygiène globale de la population. En effet, si les enfants apprennent les bons gestes et comportements, ils les diffuseront ainsi dans leurs foyers. Le nouveau service de l’hygiène organise donc rapidement l’inspection médicale scolaire. Chaque nouvel écolier est examiné dans les huit jours qui suivent son entrée. Des consultations médicales sont établies dans chaque école à un rythme régulier. Le personnel enseignant est chargé, avec l’appui des médecins du service, de surveiller l’état de santé de leurs élèves et de prévenir tous risques d’épidémies.

En 1920, une clinique scolaire est créée au sein du groupe scolaire Josaphat. Celle-ci dispose notamment d’un cabinet de dentiste très complet, une première alors pour une administration communale. En 1929, il est décidé de transformer les baraquements provisoires en bâtiments définitifs. Un projet de l’architecte communal Adolphe Paillet est déposé. Le nouvel ensemble est destiné à accueillir les services de l’inspection médicale scolaire, les consultations pré-natales et des nourrissons et les vaccinations des enfants. Il est aussi prévu d’adjoindre à la piscine déjà présente dans l’école pour garçons (école n°1), un plus petit bassin d’entraînement. Des cabines-vestiaires doivent également servir à l’éducation hygiénique des élèves.  La clinique scolaire est opérationnelle dès 1931 et assure encore aujourd’hui le contrôle médical des écoliers de Schaerbeek.

[La clinique scolaire, 1929, plans, Fonds Travaux Publics, Archives communales de Schaerbeek]

[La clinique scolaire, photographies extraites de la brochure L’enseignement communal éditée par la commune de Schaerbeek en 1922]

[La clinique scolaire, photographie extraite de la brochure Un demi-siècle de gestion communale, éditée par la commune de Schaerbeek en 1930]

 

Les Docteurs Lambotte et Ensch, dans leur premier rapport au Conseil communal de 1900 qui doit mener à la création du service de l’hygiène, ne font pas l’impasse sur la question de la prophylaxie des maladies vénériennes. Il faut cependant attendre la fin de la Première guerre mondiale et le constat alarmant d’une explosion de maladies vénériennes pour que le problème soit pris à bras le corps. En 1920, les communes de Laeken, Molenbeek, Saint-Josse et Schaerbeek s’associent pour créer un dispensaire antivénérien chargé de contrôler l’état de santé des prostituées. Le centre est installé dans un immeuble au n°50 de la rue Gaucheret à Schaerbeek, dans un quartier déjà réputé pour ses maisons de plaisirs, plus ou moins clandestines. Au-delà du contrôle médical des prostituées, le centre assure également les soins, en toute discrétion, de tout homme ou femme qui le sollicite. En 1955, Schaerbeek décide de ne plus prendre part au financement de ce dispensaire.

 

[Rapport sur l’activité du dispensaire en 1923, Archives communales de Schaerbeek]

 

© Archives communales de Schaerbeek – Tous droits réservés

 

Santé publique et salubrité

L’hôpital de Saint-Gilles… à Forest

Les origines de l’hôpital de Saint-Gilles remontent à 1869 lorsqu’est créée la commission des hospices civils[1]. La même année, le président de cette commission, le docteur, philanthrope et échevin Jean-Baptiste Jourdan, fait don à la Commune de 20 000 francs pour l’acquisition d’un terrain rue Moulin à vent (aujourd’hui rue d’Albanie) afin d’y ériger l’hôpital-hospice de Saint-Gilles.

Il faut cependant attendre octobre 1883 pour que le projet soit lancé. La ville de Bruxelles venant d’interdire l’admission dans ses hôpitaux de personnes atteintes de maladies contagieuses en provenance des faubourgs, les autorités communales doivent répondre dans l’immédiat. Un hôpital provisoire est créé d’urgence dans le château-ferme de Bethléem en 1884 et restera en activité pendant dix ans.

En 1885, le terrain rue Moulin à vent ne convenant plus, la commune s’oriente vers une parcelle entre l’avenue Ducpetiaux, la rue courbe (aujourd’hui Arthur Diderich) et la rue du Tyrol (Antoine Bréart). Celle-ci fait d’abord construire un hospice pour vieillards, baptisé Hospice Jourdan, inauguré en 1891[2]. Toutefois, le nouveau plan d’aménagement du quartier de la Prison écarte la possibilité d’ériger l’hôpital à côté de l’hospice Jourdan. Le choix se fait finalement en 1896sur un terrain situé à Forest, près de la chaussée d’Alsemberg. Il s’agit d’un des endroits « les plus élevés et les plus salubres des environs de la capitale », remarque Fernand Bernier en 1904 dans sa Monographie de la commune de Saint-Gilles-lez-Bruxelles.

[Extrait de BERNIER Fernand, Monographie de la commune du Saint-Gilles-lez-Bruxelles, Bruxelles, Weissenbruch, 1904, pp. 211-212.]

 

Le choix d’un terrain en dehors de la commune peut paraitre anormal mais il faut comprendre le contexte de l’époque. A la fin du 19e siècle Saint-Gilles, une des plus petites communes des faubourgs de Bruxelles, quasi toute occupée, ne dispose plus de terrains convenables pour accueillir un complexe hospitalier. Il existe bien d’autres propriétés communales situées extra-muros. Citons par exemple le cimetière de Saint-Gilles (Uccle), le stade de l’Union Saint-Gilloise (Forest), la plaine des sports Barca (Anderlecht) et l’école de plein air La Roseraie (Uccle).

L’architecte chargé de réaliser les plans de l’hôpital est Constantin Delplace. Il les conçoit selon la typologie dite « pavillonnaire » qui isole les patients en fonction de leurs maladies afin d’éviter toute contamination croisée. Les travaux commencent en 1908 et l’hôpital est inauguré le 15 juillet 1911 en présence de plusieurs personnalités politiques dont le Ministre de la Justice et futur Premier ministre, Henry Carton de Wiart.

[Carte postale de l’hôpital de Saint-Gilles, s.d. Collection privée.]

 

[Carte postale de l’hôpital de Saint-Gilles, s.d. Collection Commune de Saint-Gilles.]

 

[Ancien pavillon d’entrée, cliché 2022.]

 

Avec ses 150 lits répartis dans douze pavillons sur un terrain de trois hectares, le nouvel hôpital répond parfaitement aux dernières exigences sanitaires. En plus d’offrir les soins les plus modernes, l’architecte Delplace n’a pas négligé le bien-être des patients. Les pavillons sont séparés par des « petits jardins coquets et pimpants qui mettront un peu de gaîté à l’âme des malades. Rien d’ailleurs n’a été ménagé pour apporter au soulagement physique l’appoint si précieux du soulagement moral des malades »[3].

[Ancien hôpital civil de Saint-Gilles, plan d’ensemble du site avec ses pavillons d’origine, Archives communales de Forest / Urbanisme 4642 (1908). © HIS-IZZ]

 

Afin de mieux comprendre l’agencement du site, lisons cet extrait de la notice de l’hôpital Molière Longchamp de l’inventaire du patrimoine architectural bruxellois :

En intérieur d’îlot, à droite du pavillon d’entrée, se développe une série de huit autres bâtiments pavillonnaires d’un seul niveau, disposés deux par deux et implantés parallèlement à la rue Marconi. Ils sont reliés entre eux par des galeries vitrées et donnent sur des jardins. Ces huit pavillons, prévus pour accueillir chacun 19 lits, sont regroupés en deux grands quartiers, l’un réservé aux hommes, le second aux femmes. Isolés du reste du site, côté rue du Zodiaque, deux pavillons supplémentaires (prévu chacun pour 12 lits) sont destinés aux patients infectieux. En bordure du site, rue Marconi, se situent les bâtiments réservés aux cuisines et au réfectoire (démoli) ainsi qu’à la chaufferie et à la buanderie.[4]

[Hôpital de Saint-Gilles, début du 20e siècle. Collection Cercle d’histoire de Saint-Gilles.]

 

Au fil du temps, le complexe hospitalier est modernisé et agrandi afin d’offrir aux patients les soins les plus modernes. Petit à petit, la plupart des pavillons disparaissent au profit de bâtiments à plusieurs étages. De la construction originale, il ne reste plus que le pavillon d’entrée, celui des consultations, les deux pour les infectieux et celui de la buanderie et la chaufferie.

[Photos aériennes du site hospitalier de 1935 (gauche) et aujourd’hui (droite). 1 – pavillon d’entrée, 2 – pavillon des consultations, 3 – pavillon pour les infectieux, 4 –  pavillon de la buanderie et la chaufferie. © Urban Brussels et CIRB]

 

[Ancien pavillon de la buanderie et la chaufferie. Cliché 2022.]

 

[Ancien pavillon des infectieux. Cliché 2022.]

 

A la fin siècle dernier l’hôpital perd sa dénomination « Saint-Gilles » au profit de « Molière Longchamp » avant d’être fusionné en 1999 avec les centres hospitaliers Baron Lambert (Etterbeek), Ixelles et Joseph Bracops (Anderlecht). Cette fusion donne naissance au réseau des Hôpitaux Iris Sud que nous connaissons aujourd’hui.

 

Références:

[1] Séance du Conseil communal du 3 août 1869.

[2] L’hospice sera démoli dans les années 1950 pour y construire la maison de repos Les Tilleuls.

[3] « Le nouvel hôpital de Saint-Gilles », dans Le Petit bleu du matin, 16 juillet 1911, p. 2.

[4] https://monument.heritage.brussels/fr/buildings/36820

 

© Archives communales de Saint-Gilles

Santé publique et salubrité

Santé publique et salubrité

La santé publique est un enjeu majeur qui préoccupe les civilisations humaines depuis la nuit des temps, la moindre infection pouvant dévaster des peuples entiers. Nous l’avons vu en Europe, depuis le Moyen Âge avec la peste noire qui a emporté un tiers de la population occidentale, jusqu’à la crise sanitaire que nous vivons actuellement.

Bruxelles, dense centre urbain depuis l’époque médiévale, n’a pas été épargné. Au fil des siècles, les vagues de peste, de choléra et de grippe ont fait de nombreuses victimes dans la capitale et ses faubourgs.

C’est à l’Eglise que l’on doit les premières institutions de santé bruxelloises. Dès le 12e siècle, des centres d’hébergement pour pèlerins pauvres voient le jour. Ces institutions se transformeront en hôpitaux et en cliniques modernes, dont certaines existent toujours. Mentionnons également les grands projets d’urbanisation du 19e siècle répondant au boom démographique et à l’insalubrité croissante. A savoir l’assainissement et le voûtement de la Senne, l’extension du réseau d’égouts, ainsi que la suppression des ruelles et impasses au profit de grands boulevards ou édifices monumentaux.

Pour sa prochaine thématique, ArchivIris vous propose de découvrir des archives locales qui vous raconteront l’histoire du paysage des institutions hospitalières bruxelloises, la gestion des épidémies par les services communaux, ou encore l’histoire des toilettes publiques du Moyen Âge à nos jours.

Bonne lecture !